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La Grandeur De L’humanité

Réflexions personnelles

Courriels de Béatrice Lanet

À propos de Vincent Lambert.

Dimanche dernier [30 juin 2019], une prière universelle de la messe à Orliénas nous invitait à prier pour les parents qui avaient perdu un enfant. Dans la chaleur de cet été caniculaire, comment de pas avoir une prière particulière pour les parents de Vincent Lambert, qui voient leur enfant désormais en train de mourir de soif et de faim sur décision de justice ?

Avant de boire frais à l’ombre de la treille, prions pour cet homme jeune, qui n’est pas en fin de vie mais lourdement handicapé, et qui ne bénéficiait pas de traitement autre que l’alimentation et l’hydratation artificielles, qui ont donc été arrêtées depuis le début du mois de juillet.

Monseigneur de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, nous rappelle

C’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif et même de tout faire pour maintenir jusqu’au bout la prise en charge adaptée. Se permettre d’y renoncer parce qu’une telle prise en charge a un coût et parce qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée serait ruiner l’effort de notre civilisation.

La grandeur de l’humanité consiste à considérer comme inaliénable et inviolable la dignité de ses membres, surtout des plus fragiles. Nos sociétés bien équipées se sont organisées pour que les personnes en situation végétative ou pauci-relationnelle (*) soient accompagnées jusqu’au bout par des structures hospitalières avec des personnels compétents. […] Nous prions encore et nous invitons à prier pour que notre société française ne s’engage pas sur la voie de l’euthanasie. Nous rendons grâce à Dieu pour ceux et celles qui sont quotidiennement les témoins de la grandeur de tout être humain menant sa vie jusqu’à son terme.

Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims

(*) Un patient en état paucirelationnel est dans un état de conscience minimale. Cela veut dire qu’il a une certaine conscience de lui-même et de son environnement, à la différence d’un état végétatif.

Vincent Lambert est mort le 11 juillet 2019

Voilà, Vincent Lambert est mort, mort de faim et de soif, sur décision de justice mise en œuvre par du personnel médical. Aujourd’hui, on ressent une révolte de penser que la justice a condamné un innocent, que l’hôpital a mis à mort le plus fragile.

Un écœurement de voir la mort assenée sous le masque de la bienveillance. Une angoisse de pressentir que les prochaines victimes de cette fausse miséricorde, ce seront nos proches handicapés, comme Vincent Lambert, et nos parents atteints d’Alzheimer, et puis nous-mêmes à notre tour. Et puis une honte de n’avoir rien fait, ou si peu, pour sauver Vincent, pour manifester notre compassion, pour dire non à ce qui advient.

Il nous reste à prier pour que le Seigneur nous sauve de la barbarie. Cette hypocrisie, qui fait le mal en le présentant sous le masque du bien, n’est-ce pas cela le péché contre l’Esprit ?

Samedi 13 juillet 2019, Béatrice Lanet

L’entretien de Mgr Matthieu Rougé

Dans ce moment grave de l’actualité, Monseigneur Rougé, évêque de Nanterre, évoque avec justesse dans un entretien accordé à Famille Chrétienne publié le 15/07/2019 :

Le gigantesque travail de pédagogie éthique à fournir, tant les esprits sont brouillés

Le basculement anthropologique global et diffus qui s’exprime notamment dans notre rapport à la transmission de la vie, à l’accompagnement de la fragilité et de la souffrance, et à la fin de vie.

L’impératif de vigilance qui s’impose tout particulièrement aux chrétiens, qui doivent garder leurs consciences éveillées et progresser dans leur capacité à témoigner de « l’évangile de la vie ».

Mgr Rougé, évêque de Nanterre

Mardi 16 juillet 2019, Béatrice Lanet

Lire l’entretien :

« Il ne faut pas tourner la page Vincent Lambert
mais s’interroger sur le mystère de la vie et de la mort »
(sur le site de Famille Chrétienne)

Cet article comporte 2 commentaires
  1. Merci Joële pour cette contribution personnelle. Le Père Thierry Magnin, nouveau Secrétaire général de la Conférence des évêques de France (CEF), vient de s’exprimer dans le quotidien La Croix (Publié le 11/7/ 2019, site externe) à propos du décès de Monsieur Vincent Lambert survenue le 11 juillet 2019.

    Ses réponses, recueillies par Anne-Bénédicte Hoffner, sont consultables sur le site de la CEF (nouvel onglet).

  2. Mgr Rougé, l’évêque de Nanterre répond encore à Famille chrétienne :
    https://www.famillechretienne.fr/politique-societe/bioethique/mgr-matthieu-rouge-il-ne-faut-pas-tourner-la-page-vincent-lambert-mais-s-interroger-sur-le-mystere-de-la-vie-et-de-la-mort-258470

    FC – En quoi l’Église peut-elle accompagner de manière invisible et discrète tous ceux qui sont affectés par la mort de Vincent Lambert ?

    L’Église – c’est-à-dire tous les baptisés – est appelée à porter dans la prière Vincent Lambert lui-même, sa famille et tous ses proches. Je pense aussi à ceux que ces mois de débat ont blessé ou découragé. Il faut que chacun retrouve la paix et l’espérance, non pas d’abord en « tournant la page » mais en s’interrogeant toujours plus profondément sur le mystère de la vie et de la mort, sur la manière de respecter et d’accompagner les personnes en grande fragilité.

    FC – Quel était le problème éthique majeur dans l’arrêt des soins de Vincent Lambert ?

    Il résidait dans deux confusions : la confusion entre fin de vie (ce qui n’était pas, de l’avis de médecins qualifiés, la situation de Vincent Lambert) et situation de grave handicap ; la confusion entre traitements (qu’il est légitime d’interrompre lorsqu’ils sont disproportionnés) et soins de base (alimentation et hydratation) qui sont toujours dus, même à une personne très diminuée, dans une logique de véritable respect de la personne humaine. J’ai été impressionné par les interventions très fermes sur ces points de soignants et d’experts non catholiques et non croyants.

    FC – Est-ce que la parole de l’Église sur Vincent Lambert a été entendue ou caricaturée ?

    Elle n’a manifestement pas été pleinement entendue et, pour ceux qui l’ont relayée avec courage et délicatesse, c’est une grande souffrance. En même temps, il y a eu un débat, il y a eu des occasions de faire entendre une autre voix que l’opinion ambiante. À titre personnel, j’ai été abondamment invité dans les médias et toujours accueilli avec respect. Mais le travail de pédagogie éthique à fournir est gigantesque tant les esprits sont brouillés et tant notre rapport à la fragilité est lui-même fragilisé.

    FC – Que faut-il retenir de cette bataille juridique et médicale sans précédent ?

    La situation personnelle et familiale de Vincent Lambert était particulièrement douloureuse et compliquée. Sa judiciarisation et sa médiatisation surabondantes ont pu la compliquer encore. Mais quoi qu’il en soit, Vincent Lambert a posé à notre société une question essentielle, la question heureusement indépassable de la vie et de la mort, de la fragilité, de ce qui fonde la dignité de toute personne humaine.

    FC – Est-ce que la mort de Vincent Lambert, dans les circonstances que nous connaissons, constitue un basculement du point de vue anthropologique ?

    Nous traversons un basculement anthropologique global et diffus qui s’exprime notamment dans notre rapport à la transmission de la vie, à l’accompagnement de la fragilité et de la souffrance, et à la fin de vie. La mort de Vincent Lambert s’inscrit donc dans ce contexte de remises en cause assez fondamentales qui appellent, de la part des chrétiens, une réflexion non seulement sur le questions éthiques les plus vives mais aussi sur l’anthropologie implicite de nos contemporains.

    FC – Qu’avez-vous envie de dire à l’épouse de Vincent Lambert et à tous ceux qui étaient favorables à l’arrêt de soins ?

    Le temps est sans doute au silence pour l’instant, le silence du respect inconditionnel des personnes et de la prière. J’espère qu’il y aura plus tard des occasions pour chacun d’approfondir son interrogation et sa réflexion sur le mystère de la vie.

    FC – Le rôle de l’Église est-il de prendre position dans la querelle familiale qui a entouré l’affaire Lambert ?

    La mission de l’Église est de se faire, en toutes circonstances, l’avocate des plus pauvres et des plus fragiles, sans outrance ni complaisance, avec le désir permanent de mettre d’abord en lumière la beauté du mystère de la vie.

    La médiatisation énorme du cas Vincent Lambert était-il un moyen de mettre sur la table le débat sur l’euthanasie en France ?

    Certains s’en sont servis pour cela. Mais il y avait d’abord une réalité humaine extrêmement compliquée et douloureuse. Respecter Vincent Lambert en vérité enjoint de ne pas l’instrumentaliser. C’est une personne ; ce n’est pas un cas d’école.

    FC – Est-ce que la mort de Vincent Lambert va faire jurisprudence pour tous ceux qui partagent un état similaire au sien ? Peut-on imaginer un changement à terme de la loi Leonetti sur la fin de vie ?

    Beaucoup de familles de personnes cérébrolésées espèrent bien qu’il n’y aura pas de jurisprudence menaçant la vie de ceux qu’ils aiment et accompagnent. Il y a sûrement un impératif de vigilance sur ce point. Quant à la loi Léonetti, elle a déjà été modifiée en devenant la loi « Claeys-Leonetti » et a toujours suscité l’interrogation critique de l’Église quant à sa position sur l’interruption possible des soins de base. Il faut cependant redire que la situation de Vincent Lambert ne relevait pas, en rigueur de termes, de la fin de vie.

    FC – Est-il possible d’enrayer, à terme, la légalisation de l’euthanasie en France ?

    Les pressions sont évidemment très fortes mais la qualité de ce qui est mis en œuvre de façon positive avec les soins palliatifs est également extraordinaire. Il est impressionnant aussi d’entendre des voix inattendues dénoncer la violence de la mentalité euthanasique. Je pense à Michel Houellebecq par exemple. Une écologie bien comprise ne peut pas non plus ne pas s’interroger sur ce qui est vraiment digne de l’homme. Encore faut-il que les chrétiens – avec d’autres – gardent leurs consciences éveillées et progressent dans leur capacité à témoigner de « l’évangile de la vie ». […]

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Robert

RKM

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