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Homélies Du Père Paul Bamogo

De son séjour dans le secteur pastoral du Pays Mornantais, le père Paul Bamogo du Burkina Faso, a accepté de nous laisser les textes de ses homélies. En effet, plusieurs paroissiens ont exprimé leur souhait de pouvoir les relire en ligne pour les méditer après son départ.

Voici donc les thèmes abordés durant l'été 2019

(fichiers pdf, téléchargement, nouvelle fenêtre)

Dimanche 11 août à Mornant

Veiller

Frères et sœurs bien-aimés de Dieu,

Après avoir écouté les différentes lectures, je m’en vais partager avec vous, mon expérience en tant que prêtre sur la méditation de ces textes et aussi faire une
ouverture sur mon pays en tant que africain pour vous donner une idée de certaines réalités de chez nous.

L’extrait du livre de la sagesse que nous avons écouté en première lecture, nous livre un bref résumé de la Pâques juive qui rappelle comment les hébreux ont été sauvés devant l’ennemi qui les poursuivait. C’est dans la foi que le peuple d’Israël a cheminé avec son Dieu.

Et en référence à cette promesse de Yahvé, le Psaume ne cesse de louer ce Dieu en exhortant le peuple à le reconnaître comme tel. Voici ce qu’il dit : « heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu ».

Dans la lettre aux hébreux, l’auteur exalte une des dimensions spéciales de la vie du peuple qui est la foi. C’est le noyau fondamental qui a consolidé les relations de ce peuple d’Israël à son Dieu.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes manquent de foi parce que le monde scientifique est venu remettre en cause les données de la foi. On se rappelle les courants positivistes qui disaient que tout ce qui n’est pas vérifiable n’est pas vrai. Tout ce que l’homme ne peut pas démontrer n’existe pas. C’est un monde de folie où l’homme est devenu la norme et la mesure de tout, croyant qu’il est parvenu à découvrir les profondeurs de l’humanité. Mais Dieu est toujours là ; et en Bon Père, sage et patient, il attend toujours ceux qui vont se raviser et revenir vers Lui.

Ce qui est sûr la foi ne s’occupe pas d’une démonstration cartésienne des réalités que nous vivons. Pour le chrétien, « la foi ne rend pas les choses faciles, mais elle les rend possibles ».

Dans l’évangile de ce jour, St Luc commence par une parole d’assurance. Sois sans crainte, petit troupeau, votre père a trouvé bon de vous donner le royaume. Nous avons donc part au royaume de Dieu. Mais comme le dit Saint Paul : « tout est donné, mais tout n’est pas encore reçu ». Nous attendons la réalisation de cette promesse comme des intendants, des serviteurs, des veilleurs.

Une des paroles intéressantes de cet évangile nous invite à faire un lien avec l’enseignement que nous avons reçu la semaine dernière. Vous vous rappelez que dimanche passé, Jésus était sollicité pour trancher sur un litige entre deux frères qui se disputaient un héritage.

Pour couper court aux discussions, Jésus leur donna la parabole de l’homme qui amassait ses richesses afin de pouvoir en jouir pour des siècles sans fin. La page d’évangile se ferme avec ces paroles : « Tu es fou ; cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras amassé, qui l’aura ? »

Dans le même sens aujourd’hui, il nous dit : « faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux ; car là où se trouve votre trésor, là aussi est votre cœur ».

Encore une fois de plus, nous pouvons reconnaître que les biens matériels ne sont pas inutiles pour notre vie, parce que l’organisation économique de la société nous contraint à certaines pratiques. La suite du message de l’évangile nous indique que vis-à-vis de ces biens, nous sommes comme des intendants, c’est-à-dire des gérants du bien d’un autre qui est Dieu. C’est lui le vrai propriétaire. Nous pouvons nous vanter de ce que nous avons comme maison, voiture, actions, salaire, économie en banque, entreprise etc. Mais Saint Paul nous dit : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu de Dieu ? ».

« Restez en tenue de service, votre ceinture aux reins, et vos lampes
allumées (…) Heureux ces serviteurs-là que le maître à son arrivée, trouvera
en train de veiller. »

L’une des choses que j’ai trouvé de paradoxale en Europe c’est qu’on ne peut pas aller chez quelqu’un à l’improviste. D’abord toutes les maisons sont codées et verrouillées de telle manière que l’étranger doit être d’abord connu avant qu’on ne lui ouvre la porte. Comment voulez-vous ou pensez-vous que le Christ va vous surprendre ?

Je sais que dans mon pays, encore aujourd’hui, des voyageurs à la tombée de la nuit peuvent s’arrêter à la première porte et sont reçus gratuitement pour une nuit et poursuivent leur chemin le lendemain…

Dans notre éducation au Burkina Faso, on apprend aux enfant que l’accueil et le partage sont des gestes sacrés, parce que nous sommes tous étrangers sur cette terre. Notre vraie patrie se trouve dans les cieux. Beaucoup de contes et de proverbes existent pour faire passer cela dans l’esprit des enfants. Même des noms propres de village et de lieux enseignent cela.

Dans ma région il y a un village qui s’appelle Pibaoré et étymologiquement, ce nom signifie : racle le fond de ton grenier pour que l’étranger ne dorme pas à jeun. Un autre village s’appelle Ramong-sâna, ne prive pas à l’étranger de quoi manger.

Mais aujourd’hui, l’ouverture à l’extérieur et la méfiance grandissante ont fait que ces valeurs diminuent de plus en plus. Nous luttons pour les maintenir et comme le proclame l’évangile de ce jour, le Seigneur nous invite vivement à être prêts, être prêts à tout, à veiller, à être toujours en tenue de service. Je suis très heureux de retrouver aujourd’hui dans cette assemblée beaucoup de jeunes. Je vous remercie pour votre présence. Je ne peux parler aux absents qu’à travers vous qui êtes là. C’est pourquoi je vous donne cette recommandation : « faites tout pour convaincre d’autres jeunes à vous rejoindre de temps en temps car le salut dans l’Église a une dimension communautaire. Dites-leur qu’il ne faut pas attendre la vieillesse pour chercher Dieu », même si aujourd’hui le monde dort et presque tout semble éteint.

Oui, l’amour est éteint, la charité est éteinte, la paix inexistante, la miséricorde absente, il devient alors très difficile de veiller tout seul parce que nous avons toujours besoin qu’une personne nous accompagne dans cette veille, sinon le sommeil environnant finit par nous emporter nous aussi. Frères et sœurs, veiller c’est vivre comme si Jésus était toujours là, comme s’il n’était jamais parti, c’est ne pas se laisser aller à la négligence, à la paresse, aux banalités, c’est vivre en laissant résonner dans notre cœur cette phrase : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

Refrain

Seigneur, que ta Parole réveille notre foi !
Quand tout obscurcit ton visage,
Quand nous doutons de toi.

À Mornant, 11 août 2019,
Paul Bamogo.

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Robert

RKM

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