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Lien vers les lectures de la solennité de la sainte Trinité

Frères et sœurs,

Parler de la Trinité, c’est oser parler de ce qui nous dépasse absolument.
Comment, avec nos pauvres mots, dire Celui que rien ne peut contenir, ni l’espace ni le temps, ni même le langage ?
Comment expliquer l’infini avec le fini ?

Et pourtant, aujourd’hui, l’Église nous invite justement à lever les yeux vers ce mystère .

Nos Pères dans la foi se sont heurtés à la même difficulté que nous : comment annoncer aux chrétiens que Jésus est vrai Dieu, que l’Esprit Saint est Dieu, sans renoncer à proclamer qu’il n’y a qu’un seul Dieu ?
Ils ont compris que la Trinité n’est pas une énigme à résoudre, mais une lumière à contempler, une source à boire : en grec, mysterion, mystère ne veut pas dire « casse-tête incompréhensible », mais réalité cachée qui se dévoile peu à peu, sans jamais être épuisée.

Nous ne finirons jamais de comprendre la Trinité, non parce que Dieu serait obscur, mais au contraire parce qu’il est trop lumineux pour notre regard encore trop étroit.
Et pourtant, cette lumière nous rejoint par petites touches, comme par des fenêtres que nos Pères dans la foi ont ouvertes dans le monde, dans l’homme, dans nos expériences les plus simples.

Certains ont regardé le monde et y ont discerné des traces de Dieu.
Saint Jean De Damas, par exemple, a contemplé le feu : il y a le foyer du feu, la lumière qu’il dégage et la chaleur qu’il communique. La lumière et la chaleur viennent du feu, mais elles ne sont pas « après » lui comme si elles arrivaient plus tard : dès qu’il y a feu, il y a lumière et chaleur.
Une seule réalité, trois manières inséparables de l’expérimenter.

D’autres ont regardé un simple trèfle, si modeste dans l’herbe des champs.
La tradition rapporte que saint Patrick s’en est servi pour catéchiser les Irlandais : une seule plante, trois feuilles distinctes. Une seule vie qui circule, trois « visages » de ce même trèfle. C’est devenu le symbole de l’Irlande.
Cela ne dit pas tout de Dieu, bien sûr, mais cela aide à entrer dans le mystère d’un Dieu Un et Trine.

Certains ont même osé des images plus abstraites : le triangle équilatéral !
Trois côtés égaux, une seule figure ; trois angles, mais une seule surface. Symbole repris sur le fronton de maintes églises, mais aussi par les francs-maçons, mais on n’est loin du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu vivant et miséricordieux.
Ou encore les mathématiques : 1×1×1 = 1. Non pas une addition, car l’amour ne s’additionne pas mais se multiplie. On peut penser à une famille où l’amour n’est pas additionné et encore moins divisé suivant le nombre d’enfants mais au contraire multiplié.

Nos Pères ne se sont pas contentés d’observer la nature et les mathématiques : ils ont surtout regardé le cœur de l’homme.
Saint Augustin a longuement médité sur ce mystère : en nous, il y a la mémoire, l’intelligence et la volonté. Trois facultés distinctes qui constituent notre âme, et qui sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Augustin voit dans ces trois facultés une image de la Trinité :

  • la mémoire évoque le Père,
  • l’intelligence (ou le Verbe intérieur) évoque le Fils,
  • la volonté ou l’amour évoque l’Esprit Saint.

L’analogie lui permet de montrer comment il peut y avoir trois réalités distinctes mais inséparables : de même que mémoire, intelligence et volonté sont distinctes sans constituer trois âmes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont distincts sans être trois dieux.

Plus encore, Augustin – qui connaissait l’amour humain, dans sa fragilité comme dans sa beauté – a vu dans l’amour une image privilégiée de Dieu.
Pour qu’il y ait amour, il faut au moins trois réalités : celui qui aime, celui qui est aimé, et l’amour lui-même qui les unit.
L’amant et l’aimé ne se confondent pas, mais leur relation est si réelle qu’elle devient comme une troisième réalité : le lien qui les fait être l’un pour l’autre, l’un en l’autre, l’un avec l’autre.

C’est un peu cela que nous osons balbutier quand nous disons :

Le Père est Celui qui aime le premier, la Source.

Le Fils est Celui qui est aimé, le Bien-Aimé, le Verbe, l’Image parfaite du Père.

L’Esprit Saint est l’Amour, le Souffle vivant, la Communion qui les unit et qui déborde vers nous.

Grégoire de Naziance, de son côté, a porté son regard sur un acte que nous faisons sans cesse : parler.
Avant d’être prononcée, la parole naît dans l’esprit sous forme d’idée ; puis elle se fait son, articulée par notre bouche ; et ce son est porté par le souffle.
Idée, parole, souffle : trois réalités distinctes, et pourtant inséparables, aucune n’existant sans les autres.

Mais les Pères de l’Église ne sont pas naïfs.
Ils savent bien que toutes ces images sont imparfaites :

Aucune comparaison ne tient jusqu’au bout. Et c’est là qu’intervient le petit récit que l’on raconte sur Saint Augustin.
Un jour – dit la tradition – il marche au bord de la mer, tourmenté par le désir de comprendre la Trinité.
Il voit un enfant qui, avec une coquille, transporte de l’eau de la mer dans un petit trou creusé dans le sable.
« Que fais-tu ? »
« Je veux mettre toute la mer dans mon trou. »
Augustin sourit : « Mais c’est impossible ! »
Et l’enfant de répondre : « Il me sera plus facile de mettre la mer dans ce trou que pour toi de faire entrer le mystère de la Trinité dans ton intelligence. »
Puis l’enfant disparaît.

Cette scène, qu’elle soit historique ou non, dit quelque chose de très vrai : notre esprit est ce petit trou dans le sable.
Dieu est cet océan infini de lumière et d’amour.
Nous pouvons et nous devons y puiser, nous y désaltérer, nous y baigner même… mais jamais prétendre le contenir tout entier.

Alors, que faire, frères et sœurs ? Renoncer à parler de Dieu ? Nous taire par respect ?
Non : aujourd’hui, la liturgie nous invite au contraire à nommer Dieu comme Père, Fils et Esprit Saint, à nous signer de ce nom, à le chanter, à l’adorer.

Mais elle nous invite à le faire avec humilité :

En acceptant que notre langage soit toujours trop petit.

En recevant les images non comme des définitions, mais comme des tremplins.

En comprenant que le but n’est pas de « posséder une théorie correcte », mais d’entrer dans une relation vivante avec le Dieu qui est communion.

La Trinité n’est pas d’abord un problème de mathématiques, c’est une bonne nouvelle :

Si Dieu est Trinité, alors, au plus profond de tout ce qui existe, il y a une relation d’amour.

Si Dieu est Trinité, alors nous ne sommes pas créés par une force anonyme, mais appelés à entrer dans une famille : le Père nous adopte, le Fils nous rejoint, l’Esprit nous habite.

Si Dieu est Trinité, alors notre vocation la plus haute est d’aimer et d’aimer éternellement : devenir, à notre mesure, des êtres de relation, de don, de communion sur la terre comme au ciel.

Frères et sœurs, en ce dimanche de la Trinité, ne cherchons pas d’abord à mettre la mer dans notre trou de sable.
Ouvrons au contraire notre petit trou à l’océan : laissons le Père nous regarder comme ses enfants, laissons le Fils nous parler comme à ses amis, laissons l’Esprit souffler en nous la prière et la charité.

Et que notre signe de croix, chaque jour, quand nous nous levons, quand nous nous couchons, soit comme une petite profession de foi :

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
Amen.

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

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