Lien vers les lectures du dimanche 12 avril
Dans le célèbre film Les Sept Samouraïs, d’Akira Kurosawa, sept hommes très différents se rassemblent pour défendre un petit village de paysans japonais, sans défense, pillé par des bandits.
Ils ne se connaissent pas. Ils n’ont ni la même histoire, ni les mêmes motivations : ce sont tous des Ronins, c’est à dire des samouraïs sans maitre.
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l’un est un chef expérimenté et sage,
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l’autre, le plus jeune, cherche à devenir un véritable samouraï,
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un autre est marqué par la dureté de la guerre,
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un autre encore agit par fidélité ou par sens de l’honneur.
Et pourtant, ils répondent à un appel.
Ils acceptent de risquer leur vie pour des inconnus — souvent même pour presque rien, sinon un bol de riz et un peu de reconnaissance. Car ces paysans qui louent leurs service sont bien démunis.
Ils ne sont pas des saints. Mais, dans leur humanité, ils se mettent au service d’une cause plus grande qu’eux : protéger des paysans pauvres et vulnérables.
Les Douze que Jésus appelle sont, eux aussi, très différents :
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Pierre, impulsif et courageux,
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Jean, le contemplatif,
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Thomas, le sceptique,
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Matthieu, le collecteur d’impôts compromis avec le pouvoir,
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Simon le zélote, prêt à la violence…
Eux non plus ne sont pas des saints au départ.
Mais Jésus les rassemble — non pas pour la guerre, mais pour une mission :
« Allez, proclamez que le Royaume de Dieu est tout proche » (Mt 10,7).
Les samouraïs, au début, acceptent par nécessité, par habitude ou par honneur.
Mais peu à peu, leur combat se transforme : ils s’attachent à ces paysans, ils partagent leur vie, leurs peurs, leur pauvreté.
Ce n’est plus seulement le devoir qui les guide, mais une forme de compassion, de solidarité profonde.
Ils apprennent à défendre non pas une cause abstraite, mais des personnes concrètes.
Et beaucoup d’entre eux meurent — non pour leur gloire, mais pour ces hommes et ces femmes qu’ils ont appris à aimer, malgré leurs propres limites, de simples paysans, alors qu’eux sont des samouraïs, des nobles.
De même, les apôtres partiront, affronteront les dangers, iront vers des peuples qui leurs sont étrangers, et pour la plupart mourront martyrs :
Pierre à Rome, André à Patras en Grèce, Philippe à Hiérapolis dans l’ancienne Phrygie, Barthélemy en Arménie, Matthieu en Éthiopie, Thomas en Inde…
Mais ils ne meurent pas pour eux-mêmes : ils donnent leur vie pour le Christ et pour l’humanité que ce Christ est venu sauver.
Nous aussi, nous sommes un peu comme ces « samouraïs » du Royaume :
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avec nos failles, nos égoïsmes, nos peurs,
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mais aussi avec nos talents, nos désirs de justice et de vérité.
Le Christ nous appelle tels que nous sommes.
Il ne cherche pas des hommes parfaits, mais des cœurs disponibles.
Il nous invite à mettre tout ce que nous sommes — forces et fragilités — au service du bien, du faible, du pauvre.
À la fin du film, le chef des samouraïs contemple les tombes de ses compagnons et dit en substance :
« Encore une fois, nous avons perdu… Les paysans ont gagné. »
Mais c’est justement cela, la victoire :
ce ne sont pas les héros qui triomphent, mais ceux qui donnent la vie aux hommes.
Les samouraïs disparaissent, mais leur sacrifice permet au village de vivre.
De même, les apôtres ont donné leur vie — et leur mort a fait naître l’Église de leur sacrifice.
Voilà le vrai triomphe de Dieu :
la vie donnée par amour.
Père Gabriel Ferone
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