Lien vers les lectures du dimanche 29 mars
Frères et sœurs,
« Après le sabbat, à l’aube du premier jour de la semaine… »
Tout commence dans le silence. Dans la peur.
Quelques femmes marchent vers un tombeau. Elles viennent honorer un mort. Elles ne savent pas encore qu’elles vont rencontrer la Vie.
Et voilà que, dans l’histoire des hommes, une brèche s’ouvre.
Oui, quelque part sous le règne de Tibère, dans un lieu et à une heure que nul ne peut fixer avec précision, quelque chose d’inouï s’est produit. Non pas un discours, non pas une théorie, mais une vie. Une vie si libre, si brûlante, qu’elle a laissé derrière elle une certitude : l’homme n’est pas condamné à subir, il peut toujours se lever !
Les femmes viennent au tombeau avec leurs aromates, avec leur chagrin, avec leurs souvenirs brisés. Et elles entendent cette parole : « Il n’est pas ici. Il est ressuscité. »
Alors tout bascule.
Ce que des générations avaient cru immuable — la souffrance, l’injustice, la mort elle-même — n’est plus une fatalité.
Le Ressuscité ouvre un avenir là où tout semblait fermé.
C’est cela que les premiers témoins ont essayé de dire avec leurs mots simples, avec leurs images de pauvres gens : l’aveugle voit, le paralysé marche, l’affamé est nourri, le pécheur retrouve sa dignité, et même le mort se relève.
Ce ne sont pas seulement des récits : ce sont des signes.
Des signes que tout peut renaître.
Et pour aller jusqu’au bout de cette annonce, il fallait que Jésus lui-même traverse la limite ultime.
Il fallait que la mort soit vaincue.
Il fallait que le tombeau soit vide.
Frères et sœurs, la résurrection n’est pas d’abord une idée à discuter.
C’est un feu.
Un feu qui s’est allumé dans l’histoire, un brasier qui a saisi des hommes et des femmes — au point qu’ils ont tout risqué pour cette espérance.
On ne meurt pas pour une illusion. On ne change pas le monde pour une fable.
Ce feu dit une chose essentielle : le destin n’est pas le dernier mot.
Depuis toujours, les sagesses humaines parlaient de nécessité, de fatalité, de ce qui est écrit d’avance.
Mais Jésus vient dire le contraire : il est la liberté, il est la création, il est la vie.
Avec lui, l’histoire n’est plus enfermée.
Elle est ouverte.
C’est comme une nouvelle naissance de l’homme.
La croix, qui semblait être la fin, devient le signe de ce passage.
Elle ne ferme plus, elle ouvre.
Elle ne condamne plus, elle engendre.
Et depuis ce matin de Pâques, la brèche ne cesse de s’élargir.
Chaque fois qu’un être humain se relève,
chaque fois que l’amour est plus fort que la haine,
chaque fois qu’un pardon brise le cercle de la violence,
chaque fois qu’un geste de justice ou de création fait grandir l’humanité,
alors la résurrection est à l’œuvre.
Car Dieu ne fait pas seulement vivre Jésus :
il révèle en lui ce que l’homme est appelé à devenir.
Les femmes sont venues au tombeau pour pleurer un passé.
Elles repartent envoyées vers un avenir.
Et cette nuit, frères et sœurs, cette parole ne reste pas seulement un souvenir.
Elle devient visible, concrète, incarnée… ici même.
Car nous allons accompagner quatre jeunes adultes vers le baptême.
Chers catéchumènes,
Vous êtes un peu comme ces femmes de l’Évangile.
Vous êtes venus avec vos questions, votre histoire, peut-être vos blessures, vos attentes profondes.
Et vous entendez, vous aussi, cette parole : « Il est vivant ».
Si vous êtes là ce soir, ce n’est pas par hasard.
C’est qu’une brèche s’est ouverte dans votre propre vie.
La foi s’est imposé pour vous comme une réponse possible, à la suite d’une démarche personnelle et libre. Je cite vos propre parole.
Le baptême que vous allez recevoir n’est pas un simple rite.
C’est un passage.
Passage de la peur à la confiance,
du passé qui enferme à l’avenir qui s’ouvre,
de la mort symbolique de tout ce qui empêche de vivre… à une vie nouvelle avec le Christ.
Tout à l’heure, vous serez plongés, c’est ce que veut dire baptême en grec, vous serez plongés dans la mort et la résurrection du Christ.
Cela veut dire que, désormais, rien en vous n’est condamné.
Même vos fragilités peuvent devenir un lieu de vie.
Même vos limites ne sont plus des murs, mais des passages.
Frères et sœurs,
Ce que ces quatre adultes vont vivre, nous l’avons tous reçu un jour.
Mais cette nuit nous est donnée pour le redécouvrir.
Car la résurrection n’est pas seulement un événement du passé. C’est un feu.
Un feu qui continue de brûler dans le cœur de ceux qui croient,
un feu qui relève, qui libère, qui recrée.
« Allez dire à ses disciples… »
Voilà la mission de cette nuit :
annoncer que la vie est plus forte que la mort,
que rien n’est définitivement perdu,
que chacun peut, dès aujourd’hui, commencer un avenir nouveau.
Alors, en cette Vigile pascale, ne restons pas devant nos tombeaux, quels qu’ils soient.
Écoutons cette parole :
« Il vous précède en Galilée » — c’est-à-dire dans votre vie quotidienne, dans vos chemins ordinaires.
Le Ressuscité nous y attend.
Oui, frères et sœurs,
tout est là :
un homme a vécu de telle manière que sa vie a ouvert une brèche dans notre monde…
et cette brèche ne s’est jamais refermée.
Elle porte un nom :
la Résurrection.
Amen.
Père Gabriel Ferone
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