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Lien vers les lectures du dimanche 22 mars

« Jésus cria d’une voix forte : “Lazare, sors dehors !” Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : “Déliez-le, et laissez-le aller”.
La différence avec la résurrection de Jésus saute aux yeux : au matin de Pâques, les bandelettes qui ont entouré le corps du Crucifié sont soigneusement roulées et rangées à part. “Simon-Pierre entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place” (Jn 20, 6-7).
Le Christ n’a pas besoin d’aide humaine pour être relevé d’entre les morts : c’est de Dieu qu’il reçoit directement cette puissance. Il n’a pas besoin d’être délié par les femmes au tombeau.
Pour Lazare, au contraire, il faut la médiation de ses amis, de sa famille, de sa communauté. Autrement dit, il faut la médiation de l’Église pour achever en lui la résurrection du Christ. Et ce qui vaut pour Lazare vaut pour chacun de nous.
Cette scène nous rejoint directement. Car nous aussi, nous avons été appelés à la vie. Mais il nous arrive de rester liés.
Liés par des habitudes, des peurs, des dépendances, des blessures anciennes. Liés par des relations qui enferment, ou par des manières de vivre qui nous empêchent de respirer pleinement.
Alors la question se pose : quelles sont nos bandelettes ?
Le bateau qui s’élance sans couper les amarres sera violemment rappelé à quai. Quelles sont donc ces amarres, ces bandelettes qui, comme Lazare, nous empêchent de mettre en œuvre la liberté du Ressuscité ?
Dans l’Évangile, “délier” revient souvent comme un geste de libération.
Il y a cet homme qui ne pouvait plus parler correctement : sa parole était comme un assemblage de bruit sans signification – Jésus délie la langue, et il retrouve la capacité de communiquer, de dire, de vivre avec les autres. – tant de nos contemporains ne parlent plus à leur semblable mais à eux même, ou à leur tribu, pensent articuler des paroles mais ce sont des grondements inarticulés, des vociférations, ce sont des bandelettes qui enserrent et maintiennent dans des tombeaux de solitude pires que celui de Lazare.
Il y a aussi cet ânesse attaché, que les disciples doivent détacher. Tant qu’elle reste lié, elle ne peut pas avancer, elle ne peut pas servir. Délier, ici, c’est rendre disponible, ouvrir un chemin.
Nous sommes un peu cette ânesse attachée au piquet, attendant qu’on nous réquisitionne pour une cause juste… Et porter Jésus dans son entrée à Jérusalem, quelle cause plus belle pour un âne ? Mais si personne ne nous appelle, nous resterons longtemps à nous demander pourquoi nous sommes ainsi au piquet.
Tant de jeunes et de moins jeunes gaspillent leur énergie, leur force, leur créativité. Ils attendent – le plus souvent sans le savoir – qu’on les appelle, qu’on les détache, qu’on leur donne un objectif noble à servir.
Mais il y a aussi des liens plus profonds : “Cette femme, courbée depuis dix-huit ans, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ?”18 ans, courbé à regarder le sol plutôt que le ciel ! Ils sont nombreux ceux qui ont perdus espérance en la vie, dans leur pays, dans leur travail, dans leur famille, et qui s’attarde à regarder la poussière sous leurs pied plutôt que regarder en avant vers l’avenir .
Ils sont nombreux, ces liens que “Satan” utilise pour ligoter une liberté ! À chacun d’examiner honnêtement ce qui le possède et le manipule, telle une marionnette.
Finalement, les liens de possession les plus forts relèvent de ce que nous appelons le péché. Et c’est bien pour nous rendre libres face au péché que le Christ a fondé son Église.
Pour ouvrir nos cadenas, il a confié le pouvoir des clés, à Pierre d’abord : “Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux” (Mt 16, 19).
Délier du péché, c’est faire sortir notre Lazare intérieur du tombeau ! Par le sacrement de réconciliation, bien sûr, mais d’abord par le pardon mutuel, l’oubli des fautes, l’amour des ennemis, l’alliance fraternelle renouvelée sans cesse, jusqu’à pardonner soixante-dix fois sept fois…
De manière ultime, les derniers liens que Dieu vaincra en nous, mieux que les bandelettes de Lazare, sont les liens de la mort elle-même !
Ce que Dieu a fait en Christ, il le réalise en nous dès maintenant : il nous fait sortir hors de nos tombeaux, il nous donne des frères et des sœurs pour nous délier et apprendre à vivre libres, il nous délie de la mort dès maintenant et à jamais…
Que Lazare nous fasse entendre pour nous-mêmes l’appel du Christ à son Église : “Déliez-le et laissez-le aller”… ! »

Père Gabriel Ferone

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