Skip to content

Lien vers les lectures du dimanche 16 novembre

La peur de la fin du monde traverse l’histoire de l’humanité. Depuis toujours, l’homme redoute non seulement la mort individuelle, mais la disparition de son monde, de son ordre, de sa culture, de ses repères.
Au temps de Jésus, cette idée de fin du monde prenait plusieurs formes.
Elle s’exprimait dans l’angoisse de l’anéantissement d’Israël sous l’occupation romaine, ou encore dans l’attente et l’espérance d’un Messie triomphant qui restaurerait la royauté d’Israël. Il ne s’agissait jamais de la fin du monde au sens absolu, mais bien de la fin d’un monde, d’un ordre ancien.

En l’an 70 après J.-C., une véritable “fin du monde” juif se produisit : Des faux prophètes prétendirent être le Messie, entrainant le peuple juif dans la révolte, le Temple fut détruit, comme l’avait prédit Jésus – « il n’en restera pas pierre sur pierre » –, la population massacrée ou dispersée, ou réduite en esclavage.

De leur côté, les premiers chrétiens attendaient – et attendent toujours – le retour du Christ. Cette perspective n’était pas effrayante, mais joyeuse : elle signifiait l’accomplissement des promesses. Car Jésus parle d’un monde autre – celui de la Résurrection – et non de la fin du monde. Il évoque sa venue, promesse de renouvellement et non de destruction. Il rappelle que l’engloutissement du déluge du temps de Noé a marqué l’émergence d’une alliance nouvelle avec une humanité renouvelée.

Mais le retour du Christ se faisant attendre, cette attente pouvait aussi conduire à la passivité. Saint Paul, dans l’épitre au Thessaloniciens, a du rappeler que la foi n’exonère pas de travailler ni de s’engager dans le monde : il fallait vivre normalement, sans se laisser paralyser par le relâchement.

Peu à peu, cependant cette attente confiante changea de nature. Au XVIᵉ siècle, elle laissa place à une peur profonde du jugement dernier. Il est vrai que l’Église et le monde traversaient alors une crise profonde : guerres, divisions des chrétiens, crise morale et spirituelle… On pensait alors que le retour du Christ devait être imminent et que la colère de Dieu allait s’abattre sur ce monde de péché. Le protestantisme est né en partie de cette angoisse de faire ou non son salut.

Beaucoup plus près de nous, avec le temps, cette attente du retour du Christ s’est laïcisée et transformée en fin de l’histoire, en construction du paradis terrestre sur la terre.
Les révolutionnaires marxistes avaient eux aussi annoncé une fin du monde — non pas religieuse, mais sociale et politique. Karl Marx parlait de la chute inévitable du capitalisme et de la naissance d’une société sans classes. Cette vision révolutionnaire promettait le “grand soir” et un monde meilleur. Staline, Mao et quelques autres ont laissé derrière eux 80 millions de morts pour l’accomplissement inachevé de leur idéal.

En 1989, la chute du mur de Berlin a marqué la fin de la Guerre froide et l’effondrement du bloc communiste. Cet événement symbolisait la victoire du modèle démocratique et libéral. Certains penseurs, comme Francis Fukuyama, ont alors proclamé la “fin de l’Histoire” : selon eux, l’humanité entrait dans une ère de paix durable, unifiée autour des mêmes valeurs libérales, dans un monde globalisé sans frontières dont la valeur principale serait l’argent et l’activité principale le commerce. Le Dieu argent…
Mais les crises et les guerres récentes ont rapidement montré que l’Histoire ne s’était pas arrêtée : l’idée d’un monde apaisé s’est révélée illusoire. Ceux qui pensaient imposer leurs valeurs dans le monde entier ont découvert, effarés, que l’Histoire ne s’était pas arrêtée, et même qu’elle continuait sans eux. L’histoire, ou on l’écrit, ou on la subit…

Aujourd’hui, certains courants écologistes annoncent à leur tour une forme de fin du monde. Depuis plusieurs décennies, scientifiques et militants alertent sur le réchauffement climatique. Ces menaces, bien réelles, nourrissent à force d’être incantatoire, une peur collective : celle d’une catastrophe planétaire. À défaut de se préoccuper du salut de son âme, nos contemporains se préoccupent du salut de la planète. Une planète que nous savons pourtant n’être qu’un lieu de passage vers la vie éternelle.
Beaucoup de jeunes et de moins jeunes souffrent désormais d’éco-anxiété, une peur paralysante de l’avenir.

L’idée de la fin du monde conduit parfois à l’inaction, parfois à des choix irréfléchis, parfois à une violence sans frein, parfois à une angoisse qui paralyse — comme si, encore une fois, la panique engendrée par cette idée de la fin du monde poussait les hommes à perdre le sens du réel et la raison.
Chaque époque crée ses peurs, comme un miroir de ses angoisses.

Mais Jésus refuse de se laisser entraîner dans cette excitation apocalyptique.
Il nous avertit :
« Quand vous entendrez parler de ces catastrophes, ne vous effrayez pas. Ce ne sera pas tout de suite la fin. » Car elle a déjà eu lieu !

Pour le chrétien, la fin du monde a déjà eu lieu — dans la Passion et la Résurrection du Christ.
Le Royaume de Dieu est déjà au milieu de nous : la vérité de l’homme n’est pas révélée au terme de l’histoire, mais au cœur même de l’histoire.
Quand le Christ dit sur la croix : « Tout est accompli », c’est la véritable fin, la plénitude déjà présente.
Le Christ de la Résurrection a tout récapitulé en lui, et depuis l’Ascension, le monde est déjà passé en dehors du temps.

Ainsi, nous n’avons pas à céder au catastrophisme ambiant, ni à remplacer notre espérance par de faux messianismes.
L’espérance chrétienne n’est pas une fuite du réel, mais une force d’action et de confiance.
Comme le montrent les dizaines de milliers de bénévoles du Secours catholique (Caritas), la foi ne se résigne pas : elle sème les signes du Royaume au cœur du monde.

Un jour, un camarade demanda à Dominique Savio :
« Que ferais-tu si tu savais que tu vas mourir ce soir ? »
Et il répondit simplement :
« Je continuerais à jouer au ballon. »

Cette réponse résume toute la sagesse chrétienne : vivre chaque jour dans la paix, sans peur de la fin, parce que tout est déjà entre les mains de Dieu, et parce qu’en Dieu il n’y a pas de fin.

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top