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Lien vers les lectures du dimanche 11 janvier

C’est sans doute l’une des répliques les plus célèbres du cinématographe :
« Je suis ton père. »

C’est dans l’épisode V (L’Empire contre-attaque) que Dark Vador fait cette révélation-choc à Luke Skywalker, au cours d’un duel au sabre laser devenu, lui aussi, culte.

La saga Star Wars n’est pas d’inspiration chrétienne. Elle parle d’une Force impersonnelle, diffuse, sans visage. Et pourtant, elle entre en résonance avec des questions profondément bibliques : la filiation, le bien et le mal, la liberté, le combat intérieur.

Il y a bel et bien des parallèles à établir avec la foi chrétienne : les personnages, leur mission, et même leurs noms. Le prénom de Luc, le héros principal, vient du latin lux, la lumière.

Le nom de Dark Vador, son père, signifie « Père obscur » (dark = sombre ; Vador vient de pater = père en latin, father en anglais, Vater en allemand).

Pour conquérir l’immortalité — la survie de sa bien-aimée et de son fils menacé — il préfère basculer du côté obscur de la Force, trompé en cela par le sénateur Palpatine, figure à peine voilée du serpent de la Genèse, murmurant à l’oreille du Jedi Anakin Skywalker que l’immortalité est à portée de main et qu’il suffit de s’en saisir.

Jedi déchu, il deviendra Dark Vador, incarnant le principe du mal. Il porte un prénom sans racine, car il n’a pas de père, ce qui souligne son instabilité intérieure : c’est le père qui donne la confiance, et il n’en a pas. Il finira par succomber à ses peurs. Cependant, dans le sixième épisode, il se sacrifie pour détruire l’Étoile de la Mort : même un Jedi déchu peut devenir le sauveur de tous.

Mais le vrai méchant, c’est Palpatine, le Seigneur Sith. Palpatine manipule les individus et les institutions ; il agit souvent dans l’ombre ; il « sent » les faiblesses des autres pour les exploiter.
Il a pris sous son aile, avec la bienveillance apparente d’un père, le jeune Skywalker, mais c’est pour mieux le manipuler.

Moralité : il ne faut pas se tromper de père.

Car tout se joue autour de cette question essentielle : Qui est ton père ?
Et plus profondément encore : qui te dit qui tu es ?

Dans l’Évangile, au moment du baptême de Jésus, une voix venue du ciel proclame : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Remarquons-le bien : avant toute action, avant tout miracle, Jésus reçoit cette parole. Il ne se définit pas lui-même. Il est aimé.

À l’inverse, Dark Vador dit à Luke : « Je suis ton père. »
Ce n’est pas une déclaration d’amour, mais une tentative de contrôle.
Comme pour dire : Tu m’appartiens. Sois comme moi. Choisis le mal.

Voilà la grande différence entre ces deux paternités.

Le Père du ciel dit : « Tu es mon fils bien-aimé » — et il envoie librement.

Dark Vador dit : « Je suis ton père » — et il cherche à soumettre.

La même réalité — une filiation cachée aux yeux des hommes — est traitée de deux façons diamétralement opposées : l’une est une déclaration d’amour inconditionnel ; l’autre, une révélation qui devient un diktat, exerçant une pression pour obtenir l’obéissance.

Cette déclaration centrale — « Tu es mon Fils bien-aimé » — inaugure le départ en mission de Jésus, sa guerre à lui contre l’Étoile de la Mort et contre le mal qui attire l’homme vers le néant.
C’est par une multitude de combats que le Christ s’attaque à la racine du mal en l’homme — l’étoile noire qui brûle dans son cœur — jusqu’à la victoire de la croix.

Comment s’engager dans un tel combat si l’on n’est pas sûr de ses arrières ?
Comment affronter le père du mensonge (Satan) si l’on n’est pas ancré, enraciné, dans la vérité sur sa propre identité : « fils bien-aimé » ?

Tous les éducateurs vous le diront : si l’amour paternel vient à manquer, si les paroles et les preuves de ce lien indéfectible et inconditionnel ne sont pas données et redonnées sans cesse, alors l’enfant doutera de lui-même, sera tenté par la violence ou le repli. Impossible de prendre des risques dans la vie sans cette solide assise intérieure.

Entreprendre, s’aventurer, sortir de soi, innover : toutes ces prises de risque qui conduisent à l’âge adulte demandent une base affective solide, une assurance d’alpiniste reposant sur la confiance en soi, parce que l’on se sait aimé d’un autre.

Est père celui qui donne cette assurance à un enfant, et non celui qui cherche à obliger son fils à lui ressembler.

Être père, c’est donner une sécurité intérieure, une base solide à partir de laquelle l’enfant peut risquer sa vie. Sans cette parole intérieure — tu es mon fils bien-aimé — nous devenons tous vulnérables au côté obscur.

La mission de Jésus commence là, dans cette parole d’amour reçue au Jourdain. C’est elle qui lui permet d’affronter le mal, jusqu’à la croix.

Toute vie humaine est un combat. Un combat contre le mal, contre la peur, contre le mensonge. Mais comment mener ce combat si nous ne savons pas d’où nous venons ? Comment affronter le père du mensonge si nous doutons de notre identité ?

Écoutons aujourd’hui le vrai Père nous dire, à nous aussi :
« Tu es mon fils bien-aimé.
Tu es ma fille bien-aimée.
En toi, je trouve ma joie. »

Et que la Force soit avec nous pour mener le bon combat.

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

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