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Lien vers les lectures du dimanche 21 décembre

Le prénom que nous portons, reçu de nos parents, n’est jamais indifférent. Il dit quelque chose de nous avant même que nous ayons parlé. Dis-moi comment tu t’appelles, et je te dirai, en grande partie, qui tu es.

Un prénom révèle souvent un milieu social, une appartenance religieuse, une mémoire culturelle. À cet égard, les prénoms donnés aujourd’hui en France constituent un véritable thermomètre de notre société : ils manifestent à la fois une grande diversité d’origines et de croyances, mais aussi — chez les Français dits « de souche » — une fragilisation de la transmission, une perte de repères et de mémoire.

Donner un prénom, c’est toujours s’inscrire dans une histoire — ou s’en détacher. Un prénom entièrement inventé, sans racine, à l’orthographe arbitraire, comme cela est fréquent de nos jours, est le symptôme d’une rupture avec une filiation humaine, culturelle et symbolique plus large : comme si la mémoire se défaisait, et avec elle l’identité.

Dans toutes les cultures, le nom que l’on porte possède une importance cruciale. Mais dans la culture biblique — et plus particulièrement juive — il reçoit une portée théologique. Le nom n’est pas un simple signe distinctif : il est lié à une histoire, à une vocation, parfois même à une alliance avec Dieu.

Pensons à quelques exemples :

  • Moïse : « sauvé des eaux »

  • Raphaël : « Dieu guérit »

Le nom dit la mission. Il révèle ce que Dieu fait — et parfois ce qu’il va faire — à travers une personne.

Il est donc pleinement cohérent que l’enfant de Marie reçoive un nom à la mesure de sa mission.

« Tu lui donneras le nom de Jésus » (Mt 1,21).

Jésus — en hébreu Yeshoua — signifie : « Dieu sauve ».
Et l’ange précise aussitôt à Joseph :

« Car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés”.

Le nom de Jésus est inséparable de son œuvre : guérison, pardon, libération, victoire sur le péché et sur la mort. Sauver, de la part de Dieu, n’est pas un acte périphérique : c’est le cœur même de l’identité du Fils. Son nom dit déjà le tout de sa mission.

Mais l’Écriture nous offre un second nom, cité par l’évangéliste Matthieu comme accomplissement de la prophétie d’Isaïe :

« Voici que la jeune femme est enceinte ; elle enfantera un fils,
et on l’appellera Emmanuel »
— ce qui signifie : Dieu-avec-nous.

Voici une seconde révélation, qui ne remplace pas la première, mais qui l’approfondit :

  • Dieu sauve et Dieu est avec nous.

L’équivalence est décisive :

  • Sauver suppose d’être avec.

  • “Être avec” rend possible le salut.

Il n’y a pas de salut à distance. Dieu ne sauve pas de loin, par un décret extérieur ou une intervention abstraite. Il sauve en entrant dans notre histoire, en assumant notre condition, en partageant notre chair. Le salut n’est pas extérieur à l’homme : il passe par une présence.

« Celui qui est Emmanuel, dit Saint İrénée de Lyon, est Dieu véritable, venu demeurer parmi les hommes. »

Pour Irénée, ce nom garantit la réalité de l’Incarnation : le Christ n’est ni un simple envoyé, ni un prophète parmi d’autres, mais Dieu lui-même présent dans la chair.

« S’il n’était pas Dieu avec nous, il ne pourrait pas nous sauver. »

Le Verbe s’est fait chair : voilà le cœur de la foi chrétienne.

Saint Augustin résume admirablement la complémentarité de ces deux noms :

« Il est appelé Emmanuel à cause de ce qu’il est ;
Jésus à cause de ce qu’il fait. »

Mais cette vérité n’est pas seulement à contempler : elle est à vivre.
Si nous voulons être témoins du Christ, nous sommes appelés, à notre tour, à être avec, d’une manière incarnée — non seulement en paroles, mais en actes :

  • avec ceux qui souffrent,

  • avec ceux qui désespèrent,

  • avec ceux qui cherchent, avec ceux qui doutent,

  • avec ceux qui se réjouissent.

Avec tous.

Bien sûr, nul ne peut être avec tout le monde à lui seul. C’est pourquoi il faut toute l’Église. Certains sont envoyés vers le monde économique, d’autres vers les plus pauvres, d’autres encore vers le monde de la culture, de l’art, du sport… L’essentiel est de vivre une communion vraie avec ceux vers qui nous sommes envoyés.

Non pas avec complaisance face aux dérives ou aux compromissions, mais avec l’amour du Christ rédempteur : accueillir les germes de vérité présents en chacun, entrer en résonance avec ce qui habite réellement les personnes, et, à partir de là, leur ouvrir « la porte de la foi ».

En ce dernier dimanche de l’Avent, n’oublions jamais cette double vérité inscrite dans la chair même du Fils de Dieu :

Jésus — Dieu sauve.
Emmanuel — Dieu avec nous.

Puissions-nous accueillir ce mystère et en vivre, aujourd’hui et chaque jour.
Et pour cela ne soyons pas des hommes sans nom —
sans racine, sans mémoire, sans identité.

Car être sauvé, c’est recevoir un Nom nouveau qui est la vie nouvelle en Christ.

Père Gabriel Ferrone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

 

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