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Lien vers les lectures des messes de Noël

Homélie de la nuit de Noël du père Bertrand

Ô Christ, venu partager notre vie, relève-nous, remodèle en nous ton image
Jésus, vrai homme et vrai Dieu vient naître au milieu des hommes. Comme homme, il est pauvre et déplacé. Comment pourrions-nous reconnaître en lui notre Dieu ?
Par son humilité, sa fragilité de nouveau-né, il nous relève. Il ne vient pas parmi nous n’importe comment, mais comme le plus pauvre : celui qui n’a pas de place à l’hôtellerie. Il nous met enfin les yeux en face des trous. Dieu ne se trouve pas dans les puissants, les riches, les favorisés. Dieu est visible – manifesté, dans les plus pauvres. Il est présent dans l’homme faillible, dans les failles mêmes de l’homme.
Lorsque nous reconnaissons vraiment la présence de Dieu en Jésus, alors il nous relève concrètement, aujourd’hui.
Nous nous laissons remodeler lorsque nous sommes touchés, émus jusque-là. Remodelés, cela signifie aussi que Jésus change quelque chose de notre être. Il nous transforme. « Comme l’argile se laisse faire… » Acceptons d’être transformés, non pas seulement pour une nuit, mais pour une vie éternelle de joie et de bonheur – ce que Dieu présent et très fragile nous propose sans cesse.

Homélie du jour de Noël du père Bertrand

Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. 
Dieu est le même, hier, aujourd’hui et demain.

Nous entendons cela dans le prologue de l’Evangile de Jean. Dieu ne change pas, mais la connaissance que nous avons de Dieu est totalement transformée. Au commencement, Dieu est un débordement d’amour entre le Père et le Fils. Ce débordement provoque la création tout entière : créée par l’amour du Père dans le Fils.

Nous ne le percevons peut-être pas assez, mais nous baignons dans cet amour de Dieu pour nous. Désormais nous savons que tout l’amour du Père est dans le Fils de l’homme, c’est-à-dire en l’homme lui-même. Chaque fils et fille d’homme est aussi un fils, une fille de Dieu. Sachant cela nous sommes obligés. Nous devenons capables d’aimer comme Dieu, puisque Dieu nous aime parfaitement en Jésus. C’est-à-dire Jésus, Fils d’homme nous aime parfaitement. Donc, Fils de Dieu, il ne nous juge pas, mais nous aime sans réserve.

De la même façon, nous devenons responsables des frères qui nous entourent. « Le prochain est moi-même, et chacun peut me réclamer à soi. » « On est toujours celui dont il est réclamé quelque chose. »

Découvrant Jésus aimable à la crèche, nous devenons attentifs au petit, au faible. Nous savons que Dieu ne vient pas nous faire concurrence, mais qu’il vient se faire aimer. Décidons alors de l’aimer, lui le Fils de l’Homme, en aimant les fils de Dieu qui nous entourent.   

Père Bertrand Carron

Homélie de la nuit de Noël du père Gabriel

L’Évangile de cette nuit commence par une phrase étonnante : « En ces jours-là parut un édit de l’empereur Auguste ordonnant le recensement de toute la terre. »
Ainsi, Noël commence par un décret impérial. Par un acte de puissance humaine. Par la voix de l’homme qui, à cette époque, domine le monde.

César Auguste croit maîtriser l’histoire. Il pense posséder les peuples en les recensant, avec l’idée de calculer l’impôt de chaque province. Et ses légions imposent partout, par le glaive, la fameuse Pax Romana.

Dans la Bible, pourtant, compter les hommes n’est jamais un geste innocent : Le roi David parce qu’il avait ordonné un recensement de son peuple fut durement punit par Dieu. Compter, en effet, c’est vouloir quelque part contrôler ; compter, c’est croire que l’on possède ; compter, c’est réduire le monde et les personnes à des chiffres.

Cette logique me fait penser au Petit Prince de Saint-Exupéry. Au cours de son voyage de planète en planète, le Petit Prince rencontre trois figures qui illustrent parfaitement ce que l’Évangile dénonce ce soir.


La première planète qu’il visite abrite un Roi. Un roi qui prétend régner sur l’univers entier… depuis une minuscule planète. Il affirme commander aux étoiles, au vent, au soleil — mais ses ordres ne sont valables que s’ils sont « raisonnables ». Il ne peut ordonner que ce qui arrive déjà. Son pouvoir n’est qu’une façade, une illusion.

Ce Roi ressemble à tant de puissants : des hommes qui croient exercer un pouvoir mais ne contrôlent rien d’essentiel. Lorsque le Petit Prince arrive, le Roi se réjouit : enfin un sujet ! Car, comme le dit Saint-Exupéry : la joie du roi est d’avoir des sujets. Sans sujets, plus de royaume. Sans regard soumis, plus de majesté. Le Roi se nourrit de l’obéissance et de l’admiration de l’autre ; son pouvoir ne tient qu’à cela.

Ce Roi ressemble à tant de puissants — et à Auguste lui-même : des hommes qui croient régner mais dont l’autorité est fragile, illusoire, dépendante du regard des autres. Ils veulent des sujets pour exister. Et ils aiment la guerre, car la guerre leur permet souvent d’exister et de laisser un souvenir dans le livre de l’histoire avec le sang des autres.

Et voici que Noël renverse cette logique : le vrai Roi ne réclame pas des sujets, il ne cherche pas l’admiration, il ne se nourrit pas de domination. İl aime la paix. Le vrai Roi naît dans une mangeoire, sans palais, sans garde, sans protocole. Il ne demande pas d’être servi : il vient pour servir.

Plus loin, le Petit Prince rencontre le businessman, cet homme « très occupé », comme l’indique son nom, il est absorbé par ses chiffres. Que fait-il ? Il compte les étoiles.

  • Il dit qu’elles lui appartiennent.

  • Il les note, les recompte, de peur d’en oublier une.

  • Il ne voit en elles qu’une richesse à gérer.

Pour lui, posséder les étoiles ne sert à rien, sinon à dire : « Elles sont à moi ».
Le Petit Prince, lui, ne comprend pas : on ne peut ni les toucher, ni les rendre plus belles.
Ce businessman passe à côté de l’essentiel. Il ne verra jamais l’étoile de Bethléem se lever : pour lui, ce serait un numéro de plus dans son carnet.

Le recensement d’Auguste, lui aussi, n’est pas très différent. Compter les hommes, c’est vouloir les posséder. Mettre le monde en colonnes, en chiffres, en statistiques. Réduire la vie à ce qui est mesurable.

Puis vient l’une des plus belles rencontres du livre : le renard. Là, tout s’inverse. Le renard enseigne au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Et encore : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Là où le Roi veut commander, où le businessman veut posséder, le renard révèle ce qui compte vraiment : la relation, le lien, l’amitié.

Ce que Noël vient rappeler aussi : Dieu ne veut pas nous compter, ni nous commander, ni nous posséder. Il veut nous connaître, nous aimer, nous apprivoiser avec douceur.

Et ce soir, deux mondes se font face : 

  • D’un côté à Rome : un empereur proclamé dieu et sauveur (C’est un de ses titres), des armées, des palais, une paix imposée par la force.
  • De L’autre à Bethléem : le silence, la pauvreté, une mangeoire… et un nouveau-né.

Le vrai Sauveur n’est pas à Rome. Il est couché dans une crèche. Le salut ne vient pas d’en haut, mais d’en bas. Non dans la puissance, mais dans la vulnérabilité.

Et en cette nuit où tant de cœurs sont dans la joie mais d’autres sont éprouvés, ayons une pensée pour nos agriculteurs qui luttent contre une machine implacable, celle des chiffres, des normes, des règles. Eux aussi affrontent des rois imaginaires, des businessmen pressés, des puissants lointains qui comptent tout… sauf l’essentiel.

Qu’ils ne perdent pas courage — et nous non plus. Car le Dieu qui naît cette nuit dit à chacun : « Tu n’es pas un numéro. Tu as du prix à mes yeux. »

La vie, la terre, le réel sont plus forts à la longue que tous les Césars de l’histoire, qui ne sont que paille emportée par le vent.

César Auguste croyait écrire l’histoire. Mais cette nuit-là, dans la discrétion d’une étable, Dieu écrivait le salut.

À la fin du Petit Prince, les étoiles se mettent à rire. Elles rient parce que l’amour a laissé une trace dans le monde, parce que la rencontre a transformé le cœur de chacun, parce que la lumière est plus forte que la nuit.

Voilà ce que Noël réalise : Dieu fait rire les étoiles. Il met dans le ciel une joie que rien ne peut éteindre, une lumière que les ténèbres ne peuvent pas saisir, une espérance qui réchauffe les nuits les plus froides.

Frères et sœurs, dans cette nuit bénie, ouvrons notre cœur à la présence fragile et puissante de Dieu. Accueillons le Dieu-enfant, le Dieu-humble, le Dieu-lumière. Le Dieu qui défend la vie et la paix.

Que la douceur de Bethléem descende en nous, et que la paix de Dieu illumine nos vies et nos familles.

Père Gabriel Ferrone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

 

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