Samedi dernier, Tandis que certains manifestaient légitimement et pacifiquement, d’autres harcelaient les symboles de l’État, policiers et pompiers, et d’ autres encore faisaient tranquillement leur shopping ! C’est sur ces derniers que je voudrai m’exprimer.
Car ces pilleurs n’ont pas volé n’importe quoi : mais…un sac Chanel, une paire de baskets, un vêtement de marque, un smartphone. Ce n’était pas des émeutes de la faim.
Le plus consternant n’est pas seulement la violence de ces pillages. C’est ce qu’ils révèlent d’une société qui a fait de la consommation une religion et de la possession une finalité. On ne cherche plus à devenir quelqu’un, mais à posséder quelque chose ou à en tirer un profit. Peu importe comment. Peu importe le travail des commerçants, les emplois menacés, les vies bouleversées. Il faut prendre, immédiatement, sans effort et sans contrepartie. Cela nous est dû ! Le luxe devient une obsession, la marque un signe de reconnaissance, le vol un moyen d’obtenir ce que l’on refuse de gagner à la sueur de son front.
Cette fascination pour l’argent et les apparences est une faillite spirituelle autant que morale. Le livre de l’Exode nous avait pourtant avertis : « Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. » Et ceux-là, les pilleurs d’un soir, repartent tranquillement, laissant derrière eux des villes saccagés, des commerçants ruinés et leur propre dignité abîmée. Est-ce cela, aimer son prochain comme nous y invite Jésus ?
La convoitise qui nous détourne de l’amour de Dieu et du prochain ne commence pas au moment où une vitre se brise. Elle commence lorsque nous nous persuadons que notre bonheur dépend de chose purement matériel.
Or, un vêtement peut nous habiller ; il ne peut pas nous dire pourquoi nous vivons. Un téléphone peut nous mettre en relation ; il ne peut pas aimer à notre place. L’argent peut répondre à des besoins essentiels ; il ne peut pas nous délivrer de la peur de ne pas compter pour les autres.
Et pendant ce temps, certains responsables politiques et commentateurs cherchent encore à expliquer cette violence par une prétendue « colère légitime ».
Quelle colère légitime conduit à piller ? Quelle injustice sociale autorise à incendier un bâtiment historique ? Depuis quand le vol est-il devenu une revendication politique ? Cette complaisance est une insulte aux millions de Français modestes qui travaillent, respectent la loi et ne songeraient jamais à dévaliser leur voisin. . Les difficultés du quotidien n’excuse pas le pillage. La frustration et le ressentiment ne justifie pas la violence.
Le contraste avec la veillée avec le Pape à Paris est saisissant.
Ce soir-là, des dizaines de milliers de jeunes s’étaient réunis autour de Léon XIV, successeur de ce Pierre qui un jour avait dit : « Je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai, je vous le donne ». Ces jeunes étaient venus prier, chanter et écouter le pape. Ils n’attendaient ni argent ni marchandises. Ils étaient venus chercher ce que le monde matériel ne peut leur offrir : un sens à leur existence. Cette jeunesse connaît pourtant les mêmes difficultés économiques, les mêmes incertitudes professionnelles et les mêmes inquiétudes devant l’avenir. Mais elle a choisi une autre voie : celle de la foi, du travail, du respect. Là où certains ne voient dans l’existence qu’une succession de désirs à satisfaire, cette jeunesse découvre dans le Christ une raison de vivre.
Il ne s’agit pas de prétendre que tous les jeunes présent à cette veillée sont des saints. Mais de constater qu’une société ne peut pas mettre sur le même plan ceux qui s’engagent pour bâtir et ceux qui s’organisent pour piller. Le véritable drame de ces pilleurs dépasse les dégâts matériels. C’est celui d’une jeunesse à laquelle on a vendu des marques, des produits et des désirs sans jamais lui apprendre ce qui donne sa valeur à une vie.
Et tandis que les uns brisent des vitrines pour s’emparer de quelques objets, les autres s’agenouillent devant Jésus-Christ. Les premiers rêvent de Dubaï et veulent posséder toujours davantage. Les seconds ont découvert qu’il existe un trésor qu’on ne peut ni acheter ni voler. Ce trésor, c’est l’amour de Dieu et du prochain.
Père Gabriel Ferone
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