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La Parole de Dieu nous parle aujourd’hui d’une vigne.

« Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres et y planta un plant délicieux. Il bâtit une tour au milieu d’elle et y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu’elle produirait de bons raisins, mais elle en a produit de mauvais. »

Et le prophète Isaïe pose cette question terrible : « Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, en a-t-elle produit de mauvais ? »

Puis Dieu poursuit : « Je vous dirai maintenant ce que je vais faire à ma vigne. J’en arracherai la clôture pour qu’elle soit dévoré par les animaux… elle ne sera plus taillée ni cultivée ; les ronces et les épines y croîtront ; et je donnerai mes ordres aux nuées, afin qu’elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle. »

La vigne, nous le savons, c’est d’abord Israël, le peuple choisi. Mais cette vigne peut aussi devenir une image de l’Église, de nos communautés, de nos familles, de notre pays et de nos propres vies.

Car Dieu ne demande pas seulement à sa vigne d’exister. Il lui demande de porter du fruit. Il ne suffit pas d’avoir reçu un héritage. Il faut le faire fructifier. Or la situation de la France ressemble parfois à celle d’une vigne abandonnée.

La vigne était belle. Elle avait été travaillée, protégée, cultivée. Des générations d’hommes et de femmes l’avaient façonnée par leur courage et leur fidélité. Ils avaient bâti des cathédrales, fondé des hôpitaux, accueilli les pauvres, instruit les enfants, soigné les malades, évangélisé les peuples de la terre entière.

Mais, depuis plusieurs décennies, les vignerons ont cessé de s’en préoccuper.

On a laissé tomber les clôtures. On a déraciné les repères. On a méprisé les racines. On a voulu faire croire qu’un peuple pouvait vivre sans mémoire, qu’une civilisation pouvait subsister sans âme, qu’une nation pouvait durer en reniant son histoire.

On a déclaré que la France n’avait pas de culture propre, pas d’histoire particulière. On a traité son héritage chrétien comme une gêne ou comme une honte. On a voulu faire de la neutralité et de l’indifférence une nouvelle religion.

Et pendant ce temps, les ronces ont poussé dans la vigne.

Les ronces de l’individualisme.
Les épines du mépris de la vie.
La confusion entre le bien et le mal.
La violence qui gagne à la moindre étincelle les esprits et parfois les rues.
Le découragement de ceux qui ne savent plus à quoi et à qui se vouer.

La vigne a été laissée à l’abandon parce que ses vignerons ne se souvenaient plus qu’elle ne leur appartenait pas.

Car la vigne n’appartient pas aux vignerons. Elle appartient au maître de la vigne.

Dans l’Évangile, les vignerons commettent précisément cette faute : ils se comportent comme des propriétaires. Ils oublient qu’ils ne sont que des serviteurs. Ils veulent confisquer la vigne, garder les fruits pour eux-mêmes, éliminer ceux qui leur rappellent cette vérité.

Ils frappent les serviteurs. Ils les tuent. Et finalement, ils tuent même le fils.

Pourtant, frères et sœurs, le maître de la vigne ne renonce pas à sa vigne. 

Il la confie à d’autres vignerons, à ceux qui lui en remettront le produit en temps voulu.

Et peut-être assistons-nous aujourd’hui à la naissance d’une nouvelle génération de vignerons.

Nous avons grandi, pour la plupart, dans une France largement déchristianisée, où les prophètes de malheur observaient avec un rire goguenard la chute de l’Église dont on annonçait ici et là la fin prochaine, sans voir que c’était la France elle même qui s’abîmait.

La soirée vécue au Stade de France et la messe de la Concorde ont révélés une autre réalité, cette multitude jeunes et de familles fiers de leur foi ont montré au monde que l’Église catholique a encore de longs et beaux jours devant elle dans notre pays.

En assistant à la veillée, et ses 80000 jeunes enthousiastes on pouvait se souvenir d’un passage de l’Histoire de France de l’historien Bainville :

« On dit communément que, dans cette contrée fertile, sur ce territoire si bien dessiné, il devait y avoir un grand peuple. […] Cet État ne s’est pas fait tout seul. Il ne s’est pas fait sans peine. Il s’est fait de main d’homme. Plusieurs fois il s’est écroulé, mais il a été à chaque fois rebâti. »

Oui, en regardant cette fresque historique présenté au début de la veillée, en entendant les acclamations de la foule au passage de Blandine et des premiers martyrs , en rappelant le baptême de Clovis, en voyant Jeanne d’Arc chevaucher dans cette grande fresque de notre histoire, on pouvait se dire qu’il devait y avoir, et qu’il y a encore, en France, « un grand peuple ». « La France est ce pays, nous dit le Pape, où le ciel et la terre se rencontrent, où le passé et l’avenir s’étreignent. »

Cette soirée a réparé certaines humiliations et certains affronts faits à la mémoire chrétienne et au sens commun.

Elle a répondu au mépris de la vie avec l’avortement mis dans la constitution ou la loi sur l’euthanasie, à l’idée tout simplement diabolique que l’être humain pourrait être supprimé dès lors qu’il est faible, malade ou dépendant.

Ces quatre jours de la visite du Pape ont montré au monde qu’il y a dans notre pays un peuple qui aspirent à la vie, à la foi et à la joie, à la bienveillance, non à la mort, au renoncement ou au nihilisme – autre forme du désespoir.

Frères et sœurs, l’Évangile nous avertit : le maître peut reprendre la vigne à ceux qui refusent d’en porter les fruits.

Nous sommes tous des intendants. La vigne nous est confiée pour un temps. Nous devrons rendre compte des fruits qu’elle aura produits entre nos mains.

Alors demandons au Seigneur de susciter de nouveaux vignerons.

Des jeunes capables de prier.
Des familles capables de transmettre.
Des prêtres capables d’annoncer.
Des évêques capables d’encourager.
Des citoyens capables de servir.
Des dirigeants soucieux du bien commun.
Des chrétiens capables de parler clairement de Jésus-Christ.
Des hommes et des femmes capables de choisir l’espérance plutôt que la désespérance.

La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle.
Cette pierre, c’est le Christ.
Tout ce qui a été construit sans lui finit par se fissurer. Mais tout ce qui est bâti sur lui peut être relevé.

La France a connu des effondrements. Elle a connu des guerres, des divisions, des persécutions et des trahisons. Des moments d’extrême violences. Mais elle a aussi été rebâtie par des saints, des soldats, des mères, des pères, des ouvriers, des religieux, des intellectuels, des prêtres et des hommes et des femmes qui ont choisi de servir plutôt que de se servir.

Aujourd’hui encore, le Seigneur cherche des vignerons, c’est à dire des saints !
Il cherche des hommes et des femmes qui ne laisseront pas la vigne à l’abandon.
Il cherche des chrétiens qui ne se contenteront pas de déplorer la crise, mais qui se lèveront pour travailler. Des jeunes qui au lieu de brûler leur école ouvrirons un livre.

Vous, saints de France, c’est ainsi que le Pape c’est adressé aux chrétiens de France — non pas parce qu’ils seraient parfaits, mais parce qu’ils sont appelés à la sainteté — « soyez prêts à mener le bon combat, à choisir le bien et à réparer votre pays ». « L’Église a besoin de vous, ayez de l’audace, ayez du courage, par votre foi, vous êtes les saints de France ! »

Père Gabriel Ferone

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