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Frères et sœurs,

Beaucoup de chrétiens ont été troublés, au cours de l’histoire, par ce mot : « prédestination ». Pourtant, saint Paul ne parle pas d’une fatalité, mais d’un appel. Je vais vous donner la traduction exacte du texte de saint Paul que nous avons écouté :

« Ceux que Dieu a connus d’avance (proegnô), il les a aussi prédestinés (proôrisen) à être conformes à l’image de son Fils (…). Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il leur a aussi donné sa gloire. »

Dans la traduction du texte liturgique de la messe, le mot « prédestination » a été remplacé par « destiné d’avance »… Pourquoi ? Pour éviter les contresens malheureux.

Les grandes théologies et philosophies ne restent jamais de simples doctrines abstraites : elles modèlent les comportements, les institutions et les rapports humains. L’histoire de la prédestination selon l’interprétation erronée de Jean Calvin, le grand réformateur protestant, en est une illustration frappante.

Jean Calvin enseigne, au XVIᵉ siècle, que Dieu, dans sa souveraineté, a choisi certains hommes depuis toujours pour le salut, et en a rejeté d’autres depuis toujours, indépendamment de leurs œuvres. Je rappelle que les calvinistes de cette époque étaient des fondamentalistes : ils lisent la parole de Dieu littéralement. Donc Calvin comprend le mot prédestination dans son sens le plus littéral !

Dans une bonne théologie catholique, l’homme participe à son salut. Il est prédestiné au salut, mais il doit l’accueillir. Prenons l’image d’un homme qui se noie : pour un calviniste, il est sauvé parce qu’il est prédestiné à cela ; ce n’est pas l’action de l’homme qui coopère à son salut : celui-ci est entièrement l’œuvre de Dieu, pas besoin de nager ni de tendre la main, seule la foi sauve. Pour un catholique, Dieu sauve l’homme, mais l’homme tend la main, crie, désire son salut. Bref, il agit pour son salut ; il choisit concrètement, pas seulement par un acte de foi intérieur, mais par toute sa vie !

Nous pouvons toujours choisir, dans notre vie actuelle, de lutter ou de nous résigner. Nous ne sommes prédestinés à rien sinon au salut. Mais nous pouvons aussi penser que la fatalité est plus forte et nous résigner.

Avez-vous vu le film sur le général de Gaulle ? On y voit, dans la première partie, la fameuse bataille de Bir Hakeim.

Rien ne prédestinait les hommes qui ont arrêté l’armée de Rommel et sauvé l’armée anglaise d’un désastre à être présents ce jour-là dans ce coin perdu de la Libye.

Il y avait des Français de la métropole ayant rejoint l’Angleterre après l’armistice de 1940. Des Nord-Africains : Marocains, Algériens et Tunisiens. Des tirailleurs venus d’Afrique équatoriale française (Tchad, Congo). Des Espagnols, des Allemands et des Italiens antinazis, des Polonais, des Russes blancs, des Tchèques. Il y avait le bataillon du Pacifique, composé de volontaires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et des Nouvelles-Hébrides.

À Bir Hakeim combattaient ensemble : des catholiques, des protestants, des juifs, des musulmans, des agnostiques et des athées.

Rien, humainement, ne les prédestinait à combattre côte à côte. Et à tenir pendant quinze jours à un contre dix.

Ce qui les unissait n’était pas leur origine, mais leur choix de continuer la lutte contre les forces de l’Axe, par amour de la France et de la liberté.

Ils n’étaient pas prédestinés à résister.
Ils ont choisi de résister.
Ils ont choisi la fidélité plutôt que la résignation.

De même dans notre vie spirituelle. Nous pouvons choisir de lutter ou d’abandonner le combat. Nous pouvons croire que tout est joué d’avance, que le mal, le péché, la fatalité sont les plus forts. Nous pouvons aussi choisir de ne pas choisir — ce que fait la majorité. Ou bien nous pouvons répondre à l’appel de Dieu. Entrer en résistance. Nous pouvons certes perdre des batailles, mais nous devons croire que nous n’avons jamais perdu la guerre. Le Christ n’est-il pas vainqueur ?

Pendant l’Occupation, la résignation pouvait conduire peu à peu à des accommodements avec l’ennemi, voire plus. De même, dans notre vie intérieure, si nous ne sommes pas véritablement avec Dieu, peu à peu, nous risquons de nous éloigner de Lui et d’accepter, par des renoncements successifs, l’esprit du monde. L’esprit de défaite est un engrenage qui nous fera peu à peu tout accepter : avortement, euthanasie et tant d’autres renoncement, d’abandon de la loi de Dieu.

Frères et sœurs, nous sommes tous appelés, tous justifiés, tous destinés à la gloire. Mais Dieu ne nous sauve pas sans nous. Il nous appelle tous, sans exception, riches ou pauvres, noirs ou blancs, jeunes ou vieux, à rejoindre le camp de la liberté. Il n’est pas en Angleterre : il est là où se trouve un cœur qui a dit oui au Christ.

Aujourd’hui, le Christ nous appelle. Il ne nous enferme pas dans un destin figé. Il nous ouvre un chemin. À nous de répondre. À nous de choisir la vie, la liberté en Christ. La liberté s’écrit avec nos mains, par nos choix. Il n’y a pas de déterminisme absolu, l’histoire n’est jamais écrite d’avance. Cela est vrai pour notre pays comme pour nous.

Amen.

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

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