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Frères et sœurs,

Depuis les fameux jardins de Babylone dont elle est héritière, l’Iran, l’ancienne Perse, fut longtemps célèbre pour ses jardins. Le mot qui a donné « Paradis en français » vient d’ailleurs du persan et signifie « jardin clos ».
Des jardins patiemment ordonnés, où l’eau, rare et précieuse, était conduite par un extraordinaire système de canaux ; où l’ombre, les arbres fruitiers, les fleurs et les parfums composaient un art de vivre fondé sur l’équilibre, la mesure et la contemplation. « Celui qui sait regarder une rose a déjà compris un livre entier » dit le poète persan Hafez. De nombreux jardins en Iran sont classés par l’UNESCO comme patrimoine de l’humanité.

Ce beau jardin est devenu aujourd’hui un enfer sur la terre.

Aujourd’hui, sous nos yeux, ce qui fut une terre de culture, de poésie et de civilisations millénaires, est ravagé par la violence, la peur et la répression. Les pierres parlent encore d’une grandeur passée, mais l’eau s’y est teintée de sang, et les allées de silence.

Laisser moi vous conter une parabole.

Un jour, un semeur sortit pour semer.
Il regarda le jardin de son voisin et le trouva pauvre, mal ordonné, indigne à ses yeux de ce que devait être un beau jardin. « Je sais ce qu’est un beau jardin, je sais ce qui doit y pousser. »

Il sema des graines extraordinaires, jamais vues dans ce sol.
Des plantes venues de son propre jardin, où elles prospéraient depuis longtemps.
Il disait : « Ces graines apporteront l’ordre, la richesse et l’abondance. »

Mais ce qui advint ne fut pas ce qu’il avait annoncé.

Dans certaines parcelles, toute la végétation ancienne mourut.
La terre, brusquement retournée, exposée, devint pierre.
Plus rien ne poussa : ni fleurs, ni fruits. L’eau même disparu. Ce qui était un jardin devint un désert.

Dans d’autres endroits, ce ne furent que des ronces, des plantes artificielles, nuisibles, envahissantes, qui surgirent et qui étouffèrent tous ce qui poussait dans le jardin avant de déborder, attaquant les jardins voisins — y compris celui du semeur.

Et le jardin produisit des fruits…
mais des fruits de mort :
trente, soixante, cent pour un.

Un jardinier, navré de ce qu’il voyait tenta d’expliquer à ceux qui voulait bien l’entendre ce qu’il avait vu : « vous donc écoutez ce que veut dire cette parabole du semeur !

Le semeur, n’est pas un homme, c’est une intention.
Les graines, ce sont des systèmes politiques, des modèles économiques, des idéaux abstraits — semés sans tenir compte de l’histoire, de la culture, de la foi, des équilibres fragiles du sol.

Les bonnes intentions proclamées — instaurer la démocratie, la liberté, le progrès — ont souvent caché d’autres desseins :
des intérêts stratégiques, économiques, énergétiques, géopolitiques.
Combattre un rival. Contrôler une région. Préempter des ressources.

Ainsi furent semées des graines qui ne pouvaient qu’engendrer le chaos.

En Iran, l’Occident a soutenu jadis l’installation d’un régime de Mollah dont on n’a pas voulu voir alors la nature profonde.
Khomeini, accueilli en France, avec tous les égards, ramené dans son pays par un avion d’Air France, est devenu la matrice d’un totalitarisme religieux parmi les plus brutaux, n’hésitant pas à massacrer, lui et ses successeurs, son propre peuple et à réduire au silence une civilisation millénaire. Et son idéologie c’est propagé dans tous le monde musulman. Certes l’Islamisme politique n’a pas été crée par le semeur maladroit mais il lui à donné une puissance de nuisance incomparable : en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, au Kosovo et ailleurs, le semeur, c‘est à dire l’Occident, l’Amérique en tête, et ses supplétifs, ont joué avec le feu.
De ces terres bouleversées sont nés les talibans, Al-Qaïda, l’État islamique, Boko haram et bien d’autres… Les métastases de ce cancer qui rongent l’islam se sont répandues comme autant de graines emportées par le vent. « Et qui sème le vent récolte la tempête ! »
Dans ces terres, le christianisme y a presque disparu, ou bien il y est persécuté comme toutes les minorités religieuses. En Syrie et en Irak la communauté chrétienne à été divisé par trois en quelques années.
Partout les sociétés s’y sont disloquées.
Les guerres civiles et le terrorisme ont fleuri comme une mauvaise herbe.

Chez nous, en France, ce sont plusieurs centaines de morts. Nous fêterons mardi l’anniversaire de l’attentat de Nice. Le dernier, dans notre patrie, c’est ce chrétien irakien égorgé il y a quelques mois en pleine rue à Lyon dans le silence quasi total des médias.
Et pendant ce temps dans notre pays sont vendus librement sur amazon des livres qui expliquent qu’il faut tuer les mécréants, les apostats et les homosexuels et comment on doit les tuer, livres eux-mêmes interdits dans la plupart des pays musulmans. Comment expliquer un tel laxisme ? Le salafisme, version rigoriste de l’islam, qui prône l’instauration de la charia partout, est interdit en Égypte et en Jordanie mais il est autorisé en France. Comment expliquer ce paradoxe sinon par une incroyable lâcheté de ceux qui nous gouvernent ? Nous fabriquons en notre sein de futurs terroristes qui un jour ou l’autre nous frapperons ! Nul besoin de mitrailleuse, un simple couteau suffit.

La parabole ne dit pas que semer est mauvais.
Elle dit que semer sans connaître la terre, sans respecter le temps, sans écouter ceux qui y vivent, conduit à la mort.

Et elle rappelle ceci :
les fruits récoltés ne sont jamais abstraits.
Ils ont des noms, des visages. Toute cette jeunesse iranienne massacré ou ces 88 victimes de l’attentat de Nice.

Que celui qui a des yeux pour voir qu’il voit ! Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.
Et que celui qui a une bouche qu’il parle !

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

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