Le père Gabriel nous fait découvrir une figure missionnaire qu’il connait bien, une femme à la fois contemplative et active.
Marie de l’Incarnation, née Marie Guyart à Tours en 1599, est l’une des grandes figures spirituelles du XVIIᵉ siècle. Mystique, éducatrice, missionnaire et fondatrice, elle joua un rôle décisif dans l’implantation de l’Église en Nouvelle-France. Son itinéraire unit d’une manière exceptionnelle contemplation et action : vie intérieure profonde, activité missionnaire incessante, éducation des jeunes filles et évangélisation.
Marie Guyart est née le 28 octobre 1599 à Tours en France.
Son père était maître-boulanger.
Sa mère est originaire de la petite noblesse tourangelle.
La famille est composée de 7 enfants : trois garçons et quatre filles éduqués dans un foyer catholique. Marie est la quatrième de la famille.
À sept ans, Marie a une première vision de Dieu dans son sommeil.
« Je n’avais qu’environ 7 ans, une nuit en mon sommeil, il me sembla que j’étais dans la cour d’une école champêtre en ayant les yeux levés vers le ciel, je le vis ouvert et Notre Seigneur Jésus Chrsit en forme humaine, en sortir et qui, par l’air venant à moi qui, le voyant, m’écriai à ma compagne : Ah! Voilà notre Seigneur, c’est à moi qu’il vient… Cette surabondable majesté s’approchant de moi, mon cœur se sentit embrasé de son amour.
Je commençai à étendre les bras pour l’embrasser. Lors, lui, le plus beau des enfants des hommes, avec un visage plein de douceur et d’un attrait indicible, m’embrassant et me baisant amoureusement, me dit : voulez vous être à moi ? Je lui répondis : oui. Lui, ayant ouï mon consentement, nous le vîmes remonter au ciel. »
À quatorze ans, Marie fait savoir à ses parents qu’elle aimerait se faire religieuse.
Cependant avec son caractère gai et très agréable, ses parents jugent qu’elle est faite pour le mariage.
« J’ai cru depuis que ma mère ne me croyait pas propre à la vie religieuse parce qu’elle me voyait d’une humeur gaie et agréable qu’elle estimait peut-être incompatible avec la vertu de la religion. Faut-il être triste pour avoir la vocation religieuse ? Un saint triste est pourtant un triste saint. »
Marie considère cela comme la volonté de Dieu. « Quand on appartient a Dieu, il faut le suivre où il veut et il en faut toujours revenir à ce point de se perdre dans sa sainte volonté. »
À dix-sept ans, elle épouse Claude Martin, âgé de dix-huit ans, qui est maître-ouvrier en tissage de la soie. .
De leur union, naquit un fils le 2 avril 1619, qui portera le même nom que son père, Claude Martin.
Le 24 mars 1620, Claude, son mari, décède de maladie.
À l’âge de vingt ans, Marie devient donc veuve avec un bébé de six mois à éduquer.
Pour comble de malheur, la petite entreprise familiale de son mari est en faillite.
Marie fut dans l’obligation de liquider tous les biens.
Son beau-frère, Paul Buisson et sa sœur ont un commerce dans le domaine du transport fluvial et ont un grand besoin d’aide.
Pour assurer sa subsistance, Marie accepte de les aider, cela durera 7 ans. Après avoir exercé comme cuisinière et servante, étant donné ses talents de gestionnaire, elle prendra rapidement le rôle d’administratrice dans l’entreprise qui compte une trentaine d’employés. Cette activité comprenait des tâches liées au transport, à la logistique et à la gestion des marchandises.
Ces responsabilités étaient considérables et prenaient une grande part de son temps, ce qui rendait ses aspirations spirituelles encore plus difficiles à réaliser. Elle mentionne souvent la tension intérieure entre son travail quotidien et son désir profond de se consacrer entièrement à Dieu.
« Je passais presque les jours entiers dans une écurie qui servait de magasin, et quelquefois il était minuit que j’étais sur le port à faire charger ou décharger des marchandises. Ma compagnie ordinaire était des crocheteurs, des charretiers, et même 50 ou 60 chevaux dont il fallait que j’eusse le soin. J’avais encore sur les bras toutes les affaires de mon frère et de ma sœur lorsqu’ils étaient à la campagne, ce qui arrivait fort souvent. Et cependant tous ces travaux ne me détournaient point de Dieu, mais plutôt je m’y sentais fortifiée, parce que tout était pour la charité et non pour mon profit particulier. Je me voyais quelquefois si surchargée d’affaires que je ne savais par où commencer. Je m’adressais à mon refuge ordinaire, lui disant : mon amour, il n’y a pas moyen que je fasse toutes ces choses, mais faites-les pour moi, autrement tout demeurera. Ainsi, me confiant en sa bonté, tout m’était facile et j’étais aussi tranquille que si j’eusse été dans la solitude la plus retirée du monde. »
Le 24 mars 1620, alors qu’elle se rend à l’église en récitant les paroles d’un psaume, “ Domine in te speravi… en Dieu j’ai mis mon espérance”, elle a une vision qui changea sa vie. « Je me vis toute plongée en du sang et mon esprit fut convaincu que ce sang était le sang du fils de Dieu, de l’effusion duquel j’étais coupable.
Voir que, quand on eût été seule qui eût péché, le fils de Dieu aurait fait ce qu’il a fait pour tous, c’est ce qui me consume et comme anéantit l’âme. »
On pense à Pascal à la même époque : « Le Seigneur a versé telle goutte de sang pour moi. »
Ayant toujours eu le vif désir d’entrer en religion, cette vision vient la fortifier dans sa vocation. L’obstacle étant son fils.
Malgré un labeur harassant, elle ne cesse de mener une vie de piété intense. « Dieu tenait mon cœur en un cloître et mon corps dans le monde », écrira-t-elle de cette période.
Un soir de 1622, Marie a de nouveau une autre vision :
« Un jour, je vis mon cœur détaché de mon corps, et un autre cœur encore plus grand que le mien, tout brillant, tout en feu, et je vis que mon cœur était enchâssé dans ce cœur divin. Je vis aussi qu’il ne pouvait plus y avoir de séparation entre mon cœur et celui de Jésus, que son amour en moi devenait si fort qu’il devenait ma propre vie. »
• Ce rêve marque un tournant décisif : elle prend conscience que sa vie appartient entièrement à Dieu.
• À partir de ce moment, elle ressent un désir irrésistible de vie religieuse et de renoncement au monde.
• Pendant plusieurs années, elle lutte intérieurement entre son devoir de mère et son appel spirituel.
L’appel de Dieu la mettait face à un dilemme déchirant : rester auprès de son fils ou suivre cette vocation religieuse qui l’appelait avec une force irrésistible.
• Finalement, après des mois de lutte intérieure, elle confia son fils à sa belle-sœur et entra au couvent des Ursulines de Tours en 1633. Ce sacrifice fut l’un des plus grands de sa vie, mais elle le fit en obéissance totale à Dieu.
Le 25 janvier 1631, elle entre au noviciat chez les Ursulines à Tours, elle portera dorénavant le nom de Marie de l’Incarnation.
La congrégation des Ursulines est fondée en 1535, à Brescia en Italie par sainte Angèle Mérici. Son charisme est l’éducation.
Le 25 janvier 1633, elle prononce ses vœux perpétuels.
Elle deviendra Maître des novices et par la suite Directrice du pensionnat.
En 1634, elle a un nouveau rêve mystique.
« Une nuit, rapportera-t-elle, il me fut représenté en songe que j’étais avec une dame séculière que j’avais rencontrée par je ne sais quelle voie. Elle et moi quittâmes le lieu de notre demeure ordinaire. Après bien des obstacles, enfin nous arrivâmes à l’entrée d’une belle place à l’entrée de laquelle il y avait un homme vêtu de blanc et la forme de cet habit comme on peint les Apôtres. Il était le gardien de ce lieu. Il nous y fit entrer. Ce lieu était ravissant, il n’avait point d’autre ouverture que le ciel, le silence y était qui faisait partie de sa beauté. J’avançais dedans, j’aperçus une petite église sur laquelle la Sainte Vierge était assise qui tenait son petit Jésus entre ses bras. Ce lieu était très éminent, au bas duquel il y avait un grand et vaste pays plein de montagnes, de vallées et de brouillards épais qui remplissaient tout. La Sainte Vierge, Mère de Dieu, regardait ce pays autant pitoyable qu’effroyable. Il me semblait qu’elle parlait à son béni Enfant de ce pays et de moi et qu’elle avait quelque dessein à mon sujet. Elle me baisa par trois fois, remplissant mon âme par ses caresses d’une onction et d’une douceur qui est indicible. »
Cette vision soulève dans le cœur de notre ursuline une intense ardeur apostolique : de son cloître, elle va faire tout ce qu’elle peut pour obtenir le salut des âmes qui sont dans les régions sauvages entrevues. Mais elle ne sait pas encore que c’est le Canada.
En 1635, elle a un nouveau songe.
« Une nuit pendant que j’étais en oraison, je vis alors une grande étendue sauvage, et au milieu d’elle s’élevait une Église. Mais cette Église n’était pas faite de pierres ni de bois : elle était bâtie de corps crucifiés. Les uns formaient les murs, d’autres le toit, et d’autres encore le pavé sur lequel il fallait marcher. Je compris alors que cette Église serait fondée dans la douleur, le sacrifice et le sang.
Notre-Seigneur me fit entendre que cette terre serait évangélisée dans de grandes souffrances, que ses serviteurs y seraient éprouvés et que beaucoup donneraient leur vie pour la conversion des âmes. Mais Il me fit voir aussi la gloire qui en découlerait, et que ces souffrances porteraient un fruit abondant pour le Ciel. “ C’est le Canada que je t’ai fait voir, il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marie. ” »
De la même manière, elle apprend que le gardien du pays entrevu est saint Joseph. « Cette vision m’imprima au cœur un feu si ardent pour cette mission que, dès cet instant, tout mon être ne désira plus qu’une chose : partir, souffrir et mourir pour le salut de ces peuples. »
Marie de l’Incarnation rapporte bien sûr cette vision à son confesseur, qui la rabroue sévèrement : est-ce pensable, une moniale disant que “ son esprit se promène sans cesse dans les pays des sauvages pour y chercher les âmes les plus abandonnées ” ? Lui-même a pour principe de considérer toute voie mystique extraordinaire comme illusoire. Pourtant, d’autres prêtres consultés, parmi lesquels de célèbres théologiens, déclarent qu’il y a bien là une vocation surnaturelle. Mais les obstacles à sa réalisation semblant insurmontables, ils conviennent tous qu’il faut attendre l’heure de Dieu.
Et de fait, où trouver les sommes nécessaires à une si lointaine fondation ? D’autre part, les exigences de la clôture monastique sont-elles compatibles avec la vie de cette colonie où tout reste à faire ? Sans compter qu’à Québec, on a plus besoin de pieuses filles dévouées que de nonnes cloîtrées ! Or, sans la moindre intervention de sa part, tout va finir par s’arranger
Une jeune veuve de vingt-quatre ans, Madeleine de la Peltrie, étant tombée très gravement malade en 1638, fait vœu à saint Joseph de consacrer sa fortune et sa vie à la conversion des petites Indiennes. Les relations des jésuites ont fait connaître en effet leur état pitoyable aux bonnes âmes de France. Après une guérison “ inexplicable ”, aux dires des médecins, Madame de la Peltrie consulte saint Vincent de Paul qui l’encourage à réaliser son vœu.
Au printemps 1639, elle se rend à Tours où les jésuites ont signalé que les ursulines sont fort bien disposées envers les missions du Canada : Madame de la Peltrie pourra y trouver ses éducatrices pour les petites Indiennes. À Tours, les visiteurs sont reçus avec allégresse et Marie de l’Incarnation reconnaît aussitôt en Madame de la Peltrie la dame du songe. Tout s’arrange donc pour le mieux et les supérieures n’ont que l’embarras du choix pour désigner une compagne à notre future bienheureuse.
L’équipage repart alors de Tours pour Saint-Germain-en-Laye où la reine Anne d’Autriche désire s’entretenir avec les futures missionnaires : elle les complimente fort, les mène au berceau du petit Louis Dieudonné, pas encore Louis XIV, et accorde son aide à leur fondation. À Dieppe, où a lieu l’embarquement, une ursuline de la ville se joint à elles tandis que montent aussi à bord du “ Saint-Joseph ” (!) trois religieuses hospitalières qui partent fonder l’Hôtel-Dieu de Québec.
La traversée pour le Canada est une périlleuse aventure à cette époque : souvent il faut passer trois mois sur des flots capricieux au risque des brouillards et des “ glaces ” évitées de justesse. Mais « il y a plaisir d’endurer lorsqu’on a le cœur gagné à Dieu », dit Marie de l’Incarnation en relatant cette traversée qui lui est un continuel sacrifice ! Elle ne peut pratiquement pas dormir, ni boire non plus, l’eau douce s’étant corrompue dès le départ.
Le 1er août 1639, les religieuses débarquent enfin à Québec et baisent aussitôt le sol de cette nouvelle terre de mission où Dieu les appelle : « Ce pays, le voyant, je le reconnus être celui que Notre-Seigneur m’avait montré il y a six ans. » Sans tarder, on se met à l’œuvre : les hospitalières ouvrent leur hôpital qui est bientôt débordé à cause d’une épidémie, et les ursulines logent dans les deux pièces de leur pauvre et petite maison les six premières pensionnaires indiennes : « les trésors que nous y étions venues chercher ». C’est le début de leur première école.
En 1642, c’est le déménagement sur le Cap Diamant dans un beau monastère de trois étages. Mais le 31 décembre 1650, le feu a tout ravagé.
Marie de l’Incarnation ne capitule jamais ; elle manifeste toute son énergie d’ingéniosité et d’aumônes. Et le monastère est reconstruit.
Elle met en place un pensionnat dirigé par les Ursulines qui se compose, au tout début de 18 à 20 pensionnaires.
« Les premières Indiennes qui m’ont été confiées étaient toutes nues et couvertes de vermine. Elles étaient dans un état de misère et de saleté indescriptible, mais je les ai aimées autant que si elles avaient été mes propres enfants. »
« Je me suis appliquée à apprendre la langue des Indiens, et je leur enseigne à prier et à connaître les mystères de notre foi dans leur propre langue. J’ai trouvé que ce travail est très difficile, car leur langue est bien différente de la nôtre, mais je sens que c’est un grand moyen de les toucher et de les instruire. » …
Durant 32 ans, elle portera sur ses épaules le poids des responsabilités de la mission.
Marie de l’Incarnation étudie les langues algonquine, huronne et Iroquoise.
Elle rédige un dictionnaire algonquin et Iroquois de même qu’un catéchisme en Iroquois.
Sur l’intensité du froid : « Le froid y est si excessif qu’il pénètre jusque dans la moelle des os. L’eau gèle auprès du feu, et l’encre même gèle dans la plume pendant que l’on écrit. »
Elle souligne ici l’extrême rudesse de l’hiver, où même les tâches quotidiennes deviennent compliquées. »
« Nos petites chambres sont de glace, et souvent, nous nous trouvons enveloppées de neige dans nos lits. »
« Nos Sauvages marchent nus sur la neige et se moquent de notre frayeur du froid. »
En 1649 Le martyre des Jésuites, Pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant, a eu lieu dans ce qui est aujourd’hui le sud de l’Ontario,
« Je suis dans la plus grande affliction de mon cœur, mes chers Pères, de la perte de ces serviteurs de Dieu, qui ont été si fidèles à leur mission et qui ont souffert un martyre si glorieux. »
« Ce sont des semences de foi que ces martyrs ont laissées. Dieu saura faire fleurir ces graines dans le sol de l’Amérique. »
Le 31 décembre 1651, c’est un autre incendie.
Religieuses et jeunes pensionnaires furent sauvés de justesse.
« Dieu nous a tout ôté, mais Il nous reste encore Lui-même, et cela nous suffit. »
« Nous recommencerons, avec la même foi et le même courage, car cette œuvre n’est pas la nôtre, mais celle de Dieu. »
« Après l’incendie du Monastère, plusieurs de nos amis crurent que nous serions découragées et qu’il nous faudrait repasser en France, n’ayant pas les moyens de nous rétablir d’une perte aussi notable … J’y ressentais un plus grand amour que jamais à ma vocation. Mes sœurs aussi ne regardaient que de suivre cette divine volonté et c’était chose ravissante de voir avec quelle paix et douceur chacune de nous portait sa croix qu’il avait plu à notre bon Seigneur et Maître nous envoyer. »
Malgré l’épreuve, elle n’abandonne pas la mission éducative des Ursulines et travaille sans relâche à la reconstruction du monastère, avec l’aide des colons et des bienfaiteurs en France.
Marie de l’Incarnation dirige tous les travaux et le monastère se relève de ses ruines.
Le 26 septembre 1652, c’est la réouverture.
Marie de l’Incarnation est infatigable ; elle cumule les fonctions de supérieure, économe de la communauté, formatrice des Novices et participe à l’éducation des enfants et des adultes.
Elle était aussi une épistolière infatigable, elle écrivait des lettres sur tous les sujets ; c’est une mine d’information sur la colonie à cette époque. .
On estime qu’elle a écrit plus de 13,000 lettres.
Plus de 220 lettres furent publiées par son fils Dom Claude Martin, Bénédictin, avec qui elle tiendra une correspondance soutenue. À chacun des bateaux qui partaient pour la France, Marie de l’Incarnation envoyait des lettres à son fils.
En 1664, la santé de Marie de l’Incarnation se détériore.
Ses souffrances deviennent presque continuelles, ce qui ne l’empêchera pas de continuer d’édifier ses compagnes. Elle assumera la responsabilité de supérieure encore durant 3 ans. Elle restera active jusqu’à la fin…
Le 30 avril 1672, dans un entier abandon à Dieu, elle rend son âme à Dieu. .
Elle affirmera jusqu’à la fin : « Je sais en qui j’ai mis mon espérance, je ne serai pas déçue« .
Le 22 juin 1980, à Rome, c’est la béatification de Marie de l’Incarnation par le pape Jean Paul II.
Le 3 avril 2014, Marie de l’Incarnation est canonisée par le pape François .
On connaît bien sa vie grâce à sa relation de 1654 adressée à son fils et écrite à sa demande et à ses lettres.
En voici un extrait d’une lettre à une de ses soeurs :
« Plus on s’approche de Dieu, plus on voit clair dans les affaires temporelles, et à la faveur de ce flambeau, on les fait beaucoup plus parfaitement. On apprend à faire ses actions en la présence de Dieu et pour son amour. Ainsi de terrestre on devient spirituel, en sorte qu’au milieu des traces des affaires du monde, on est dans un petit paradis où Dieu prends ses plaisirs avec l’âme, et l’âme en Dieu. Dans les occupations néanmoins que cause votre négoce [elle parle à sa sœur], Dieu ne demande pas de vous que vous fassiez de longues oraisons, mais des courtes et qui soient ferventes. Je me souviens que notre défunte mère lorsqu’elle était seule dans son trafic prenait avantage de ce loisir pour faire des prières orales. Je l’entendais dans ces moments parler à notre Seigneur de ses enfants et de toutes ces petites nécessités. Vous n’y avez peut être pas pris garde comme moi, mais vous ne croiriez pas combien cela à fait d’impression dans mon esprit. Je vous dis ceci ma chère sœur – afin que vous l’imitiez car c’est un exemple domestiques dont nous devons faire plus d’état que de tout autre, et j’estime que c’est ce que notre bon Dieu demande de vous. »
Pour finir un petit trait qui en dit long – Marie était mère- ! Son fils va être ordonné prêtre. Elle a terminé une longue lettre spirituelle à son intention. Elle écrit un dernier petit mot : « Mon très cher fils, voici un moment qui me reste. Je m’en vais vous le donner par l’occasion d’un honnête jeune homme qui s’en va en France et qui est frère d’un de mes domestiques qui s’en retourne aussi avec lui. Vous me dites que vous n’avez vu personne qui m’eut parlé depuis que je suis en ce pays. J’ai fait venir celui-ci, et j’ai levé mon voile devant lui afin qu’il vous puisse dire qu’il m’a vu et qu’il ma parlé. Il est de trois lieues de Tours où il m’a promis de vous aller voir et de vous dire de mes nouvelles de vive voix. »
La sainteté n’empêche pas l’affection maternelle.


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