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Lien vers les lectures du dimanche 3 mai

Lycurgue, le législateur de Lacédémone, prit deux jeunes chiens nés d’une même mère, et leur fit donner une éducation toute différente. L’un fut élevé dans l’oisiveté et dans la gourmandise, l’autre dressé à la chasse et à la course. Il assemble ensuite les Lacédémoniens :

« Citoyens, leur dit-il, rien ne mène plus sûrement à la vertu que l’éducation, l’exercice et l’habitude ; je vais vous en convaincre tout à l’heure. »

Alors il fait paraître ces deux chiens au milieu de l’assemblée ; il place devant eux d’un côté un lièvre vivant, et de l’autre un plat rempli de viande. A l’instant l’un des chiens courut au lièvre et l’autre au plat. Les Lacédémoniens ne comprenaient pas encore le dessein de Lycurgue.

« Ces deux chiens, ajouta-t-il alors, qui ont une origine commune, ayant reçu une éducation différente, l’un est devenu gourmand, et l’autre chasseur. »

Frères et sœurs, l’histoire de Lycurgue et de ses deux chiens nous interpelle aujourd’hui sur une vérité profonde : nous sommes façonnés par ce qui nous forme. Le législateur spartiate voulait montrer que la vertu s’acquiert par l’éducation et l’habitude, mais la foi chrétienne nous révèle une réalité encore plus merveilleuse : Dieu lui-même vient parfaire notre nature.

L’éducation ne suffit pas

Lycurgue avait raison : l’exercice et la discipline forgent le caractère. Les deux chiens, nés de la même mère, ont montré des comportements opposés selon leur formation. De même, nous pouvons développer la prudence, la justice et la tempérance par la répétition d’actes vertueux. Saint Thomas d’Aquin appelle cela les « habitus acquis » – ces dispositions que nous cultivons par nos efforts quotidiens.

Mais voilà où la sagesse chrétienne dépasse la sagesse antique : notre transformation ne dépend pas uniquement de nos efforts. Si l’éducation spartiate voulait produire des guerriers courageux, Dieu veut faire de nous des fils et des filles capables d’aimer comme lui-même aime.

Saint Thomas distingue les habitus acquis par l’exercice des « habitus infus », ce qui est reçu comme un don. – ces dons que Dieu verse en nos cœurs : la foi, l’espérance et la charité. Ces vertus théologales ne sont pas le fruit de notre entraînement moral, mais de la grâce divine qui nous élève au-delà de nos capacités naturelles.

Pensez-y : comment pourrions-nous croire en la résurrection par nos seules forces ? Comment espérer contre toute espérance si Dieu ne soutenait notre confiance ? Comment aimer nos ennemis sans que l’Esprit Saint ne transforme notre cœur ?

Mais attention : recevoir ces dons ne nous dispense pas d’agir. L’habitus, qu’il soit acquis ou infus, ne nous transforme pas en automates. Au contraire, il nous rend plus libres. Celui qui a l’habitude de la prière ne prie plus par contrainte, mais avec aisance et joie. Celui en qui habite la charité aime sans calcul, sans lutte intérieure constante.

C’est ce que Jésus nous promet : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, il en fera même de plus grandes. » Grâce à l’Esprit qui demeure en nous, nous pouvons accomplir ce qui dépasse notre nature : pardonner l’impardonnable, aimer l’in-aimable, espérer l’impossible.

Frères et sœurs, laissons-nous éduquer par le Christ. Comme les chiens de Lycurgue, nous sommes façonnés par ce à quoi nous nous exerçons. Si nous nous entraînons à la prière, au service, au pardon, nous forgerons des habitus acquis. Mais surtout, ouvrons-nous aux dons de Dieu qui veut verser en nous ses propres dispositions divines.

Ne craignons pas que cette collaboration avec la grâce nous enlève notre liberté. Au contraire, plus nous sommes habités par Dieu, plus nous agissons librement, facilement, joyeusement. L’habitus ne nous rend pas mécaniques – il nous rend spontanément bons, naturellement saints.

Demandons aujourd’hui à l’Esprit Saint de parfaire en nous ce qu’il a commencé, afin que notre vie tout entière devienne témoignage de sa puissance transformatrice.

Amen.

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

 

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