Lien vers les lectures du dimanche 15 février
Frères et sœurs,
Le livre de Ben Sira nous met aujourd’hui devant une parole d’une grande simplicité et d’une grande force : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements… Il a mis devant toi le feu et l’eau : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes. »
Dieu ne force pas. Il propose. Il place devant nous deux réalités : l’eau ou le feu, la vie ou la mort. Et il nous dit : choisis.
Jésus ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme : « Que votre parole soit oui, si c’est oui ; non, si c’est non. »
Cette parole résonne avec une vérité profonde : notre existence est faite de choix. Non pas seulement de petits choix quotidiens — comme choisir entre deux pizzas aux goûts différents — mais de choix qui orientent toute une vie.
Un philosophe chrétien, Søren Kierkegaard, a résumé cette réalité par une expression radicale : « ou bien… ou bien ».
On ne peut pas vivre indéfiniment dans le flou. On ne peut pas vouloir tout garder ouvert. À un moment donné, il faut choisir une direction. Il faut trancher.
Car choisir, ce n’est pas simplement préférer une option.
Choisir, c’est se décider.
Choisir, c’est construire.
Choisir, c’est renoncer à d’autres possibles pour faire grandir celui que l’on adopte.
Notre époque a une difficulté particulière avec ce « ou bien… ou bien ».
Nous aimons garder toutes les portes ouvertes.
On veut l’intensité sans la fidélité.
L’émotion sans la durée.
La jouissance sans l’engagement.
On vit dans l’instant.
On consomme des relations, des idées, des projets comme on consomme des images : rapidement, successivement, sans enracinement.
Mais une vie uniquement faite d’instants juxtaposés ne construit rien.
Elle peut être remplie d’activités, mais vide de direction.
Elle peut être riche en sensations, mais pauvre en sens.
Actuellement, dans de nombreux pays, dont la France, nous assistons à une chute vertigineuse de la natalité. Et si l’excès de liberté poussait l’humanité vers une forme de suicide démographique ? Comme si l’abondance des choix — permise à la fois par la révolution technologique (tous les possibles à portée de clic) et par la levée de nombreux interdits moraux — conduisait à une sorte de « stérilisation mentale » : une overdose de possibles qui nous paralyse et nous empêche de choisir et de nous engager.
Ben Sira ne nous dit pas : « Goûte un peu au feu, puis un peu à l’eau. »
Il dit : « Étends la main vers ce que tu choisis. »
Autrement dit : engage-toi.
Choisir la vie, dans la Bible, ce n’est pas simplement survivre.
C’est entrer dans une alliance.
C’est choisir la fidélité dans le mariage.
C’est choisir la persévérance dans une vocation.
C’est choisir la vérité quand le mensonge serait plus confortable.
C’est choisir le bien, même lorsqu’il demande un effort.
C’est savoir dire non à un enfant si on veut le faire grandir, mettre des limites pour qu’il apprenne à choisir.
La vie ne se construit pas par accumulation d’instants agréables.
Elle se construit par des décisions assumées.
En France, l’an dernier, il y a eu environ 645 000 naissances ; dans le même temps, 251 000 avortements — ils étaient environ 207 000 il y a huit ans. Choisir, c’est parfois choisir entre donner la vie ou la mort.
S’engager du côté de la vie, c’est, il est vrai, prendre un risque. La société nous intime non seulement de donner la vie, mais de garantir le bonheur de nos enfants. Or cela est impossible. Nous ne pouvons que faire confiance à leur liberté.
On invoque les « sombres perspectives » qui dissuaderaient d’avoir un enfant. Mais, comme le disait l’historien Jacques Bainville, « dans l’histoire, tout s’est toujours très mal passé ». Ouvrez n’importe quel livre d’histoire et à n’importe quelle époque ! Si les anticipations funestes avaient dissuadé nos ancêtres de donner la vie, il y a longtemps que l’aventure humaine serait terminée.
La chute de la natalité a des causes multiples : le désir de tout contrôler, le refus d’accepter le tragique de l’existence, des raisons économiques — autrefois, un seul salaire suffisait souvent pour faire vivre une famille — et bien sûr des choix politiques. Un enfant en crèche coûte environ 2 000 euros par mois à l’État, tandis que le congé parental est indemnisé autour de 400 euros : on voit bien que ces orientations traduisent des priorités idéologiques. Pourtant, bien des femmes préféreraient s’occuper de leurs enfants plutôt que de travailler toute la journée dans un emploi pas forcément épanouissant, pour un salaire qui suffit à peine à payer la garde.
Quand à la futur loi sur la fin de vie : est ce que l’on peut considérer que mettre un pistolet dans les mains d’une personne en dépression, en lui disant « tu n’est pas obligé de t’en servir » est responsable, est un signe de « fraternité » ? Etrange fraternité qui consiste à pousser son ami dans le vide en lui faisans croire qu’il à choisi.
Ben Sira nous rappelle que nous sommes capables de choisir.
Dieu ne nous traite pas comme des enfants capricieux. Il n’est pas la pour exaucer nos désirs infantiles.
Il nous confie notre propre destinée.
« Si tu le veux… » dit le texte.
Il y a là un immense enjeux pour notre dignité : nous ne sommes pas prisonniers du hasard. Nous ne sommes pas condamnés à vivre au gré des modes et des émotions. Nous pouvons décider d’une orientation stable.
Frères et sœurs,
La question n’est pas seulement morale.
Elle est existentielle :
Quel type de personne suis-je en train de devenir ?
Qu’est ce que je veux pour moi, pour ma famille, pour mon pays ?
Car ne pas choisir, c’est encore choisir.
Remettre à demain, c’est déjà prendre une direction.
Aujourd’hui encore, le Seigneur met devant nous l’eau et le feu, la vie et la mort.
Il ne nous contraint pas. Il nous appelle.
Puissions-nous ne pas rester à la surface des choses.
Puissions-nous choisir non pas seulement l’instant, non pas seulement l’émotion, mais ce qui est juste.
Et ainsi, choisir la vie.
Père Gabriel Ferone
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