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Lien vers les lectures du dimanche 8 février

Nous éclairons ce qui est déjà présent

« Vous êtes le sel de la terre » : Vous donnez du goût à ce qui est donné en nourriture. Presque imperceptibles, nous changeons tout à la nourriture offerte. Encore plus : dans le monde qui offre sans cesse un grand sacrifice au Seigneur, nous sommes le sel sur la viande qui doit être salée pour aller au feu (Lv. 2, 13).

« Vous êtes la lumière du monde » : Nous sommes la lumière montrant ce qui est beau en ce monde. Révélateurs du monde et de sa lumière. Pourquoi ne doit-elle pas être mise sous le boisseau, cette lumière ? Qu’est-ce qu’un boisseau ?

La lumière ne doit pas être mesurée. Elle doit être brillante pour éclairer toute la maison commune. Elle doit être placée sur la Menora, ce grand lampadaire qui éclaire le monde dans ce grand sabbat où nous sommes aujourd’hui.  

« Cependant, que tous le sachent, leur premier et leur plus important devoir pour la diffusion de la foi, c’est de vivre profondément leur vie chrétienne. Car leur ferveur au service de Dieu, leur charité à l’égard des autres apporteront un nouveau souffle spirituel à l’Église tout entière, qui apparaîtra comme un signal levé sur les nations (cf. Is 11, 12), « lumière du monde » et « sel de la terre ». » (VII, Ad Gentes, 36).

Il s’agit pour nous de vivre notre vie chrétienne avec intensité et simplicité. En voyant ce que nous faisons de bon, nos frères humains rendront grâce à Dieu pour ce que nous faisons de bon. Pas des discours mais des actes en faveur du monde.

Père Bertrand Carron

Homélie du père Gabriel

Le peuple hébreu est le premier à affirmer que le soleil et la lune ne sont pas des dieux, mais de simples lampadaires placés par Dieu dans le ciel. Ils éclairent, mais ils ne sont pas la source de la lumière. La lumière vient de Dieu seul. Comment l’ont ils su ? Par révélation de Dieu ! Ils ne pouvait pas le deviner. Leur connaissance en astrologie étant nulle.

Bien plus tard, dans une petite cité grecque de l’ancienne Ionie, Clazomènes, au bord du golfe de Smyrne, un philosophe nommé Anaxagore parvient à la même conclusion, mais par un autre chemin : la raison seule, l’observation et la logique. Il affirme que le soleil n’est qu’un astre incandescent et que la lune ne brille pas par elle-même, mais qu’elle reçoit sa lumière du soleil. Cette intuition, aujourd’hui évidente, fut à l’époque révolutionnaire. Elle lui valut un procès pour impiété : là où le regard religieux grec, comme tous les peuples de ce temps, voyait des divinités, lui ne voyait que des réalités créées.

Cette intuition humaine rejoint profondément la Révélation chrétienne.

Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus déclare :

« Je suis la lumière du monde » (Jn 8,12).

Ce n’est donc pas la lumière créée qu’il faut vénérer, mais le Créateur de la lumière. Pour nous chrétiens, la lumière n’est ni une idée, ni une sagesse, ni une morale : elle est une personne. Le Christ est la lumière incréée, la vie venue du Père, celle qui éclaire tout homme. Les disciples ne sont pas lumière par eux-mêmes : ils la reçoivent, par le moyen de la foi, Un peu comme la lune reçoit la lumière du soleil.

« Croyez en la lumière, pour devenir fils de la lumière » (Jn 12,36).

Mais dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus ose dire aux disciples :

« Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14).

Il n’y a pas contradiction, mais progression.
Jean nous dit d’où vient la lumière : du Christ.
Matthieu nous dit ce que devient celui qui la reçoit : un reflet de la lumière, un témoin.

Le chrétien est lumière par participation, comme la lune reçoit sa clarté du soleil. Il n’est pas une source autonome. Séparé du Christ, il s’éteint ; uni à Lui, il devient signe. C’est pourquoi Jésus précise :

« Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et rendent gloire à votre Père » (Mt 5,16).

Mais cette lumière n’est pas automatique. Elle doit être entretenue.

Une anecdote rapportée sur Anaxagore l’illustre de manière frappante. Devenu vieux et abandonné, il voulut se laisser mourir. Son ami le plus proche, le célèbre Périclès, accourut et se lamenta de perdre un tel conseiller. Alors Anaxagore lui répondit simplement :

« Ceux qui ont besoin de la lampe y versent de l’huile. »

L’amitié, pour subsister, a besoin d’être alimentée. Faute de combustible, de marque concrète d’amitié, elle s’éteint.

Cette image rejoint directement l’Évangile. Une lampe sans huile ne donne plus de lumière. Pensons à la parabole des vierges folles, qui manquèrent d’huile au moment décisif. La lumière reçue doit être nourrie, alimentée.

Dans les cités grecques brûlait un feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre. Il symbolisait la vie de la cité, sa continuité, son unité. Tant que le feu brûlait, la cité vivait ; s’il s’éteignait, c’était le signe du désordre, voire de la mort. On veillait donc sans cesse à l’entretenir.

Cette intuition païenne disait quelque chose de profondément vrai. Ne dit on pas d’ailleurs pour parler d’une famille, un foyer, le lieu où brûle le feu, où chacun peut s’approcher pour se réchauffer et cultiver la relation familiale.

La Révélation va plus loin. Pour Israël puis pour l’Eglise, le feu est signe de la présence même de Dieu — le buisson ardent, la colonne de feu dans le désert… Et dans le christianisme, ce feu prend un visage : le Christ, lumière du monde.

Nous sommes ainsi appelés à adorer la source de la lumière, le Christ, mais aussi à demeurer dans la lumière, au contact de ce feu qui brûle sans jamais s’éteindre… Mais cette lumière demande vigilance et fidélité. Une foi sans prière s’assombrit. Une Église sans feu intérieur devient froide.

Oui, nous recevons tout du Christ. Mais nous ne sommes pas passifs. Dieu a déposé en nous une étincelle de son feu, et il nous appartient de l’entretenir par la prière, les sacrements, la charité, la fidélité quotidienne. L’huile de chaque jours.

Être lumière du monde, ce n’est pas briller par soi-même.
C’est garder allumé le feu reçu, pour que le Christ éclaire le monde à travers nos vies ordinaires afin que Dieu lui-même soit glorifié !

Père Gabriel Ferone

Retrouvez les homélies du père Gabriel  et du père Bertrand dans la rubrique « Messes et célébrations » / « Homélies des pères Gabriel et Bertrand » de ce site

 

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